Aller au contenu
Philosophie · Rationalisme

Descartes

1596-1650 — œuvre majeure : Discours de la méthode

Par le doute méthodique, la raison atteint une première certitude — le cogito — et fonde la science.

Contre qui il pense

Descartes écrit dans un siècle où les certitudes s'effondrent : la Réforme a brisé l'unité religieuse, Copernic et Galilée ont déplacé la Terre, et les sceptiques concluent qu'on ne peut rien savoir. Il apprend en 1633 la condamnation de Galilée et renonce à publier son traité du monde. Son problème n'est donc pas d'ajouter des connaissances, mais de trouver un point d'appui qui résiste à tout.

La thèse

Pour trouver ce point d'appui, Descartes emploie une méthode radicale : rejeter comme faux tout ce dont il est possible de douter, ne fût-ce qu'une seconde. Les sens trompent parfois, donc on les écarte ; les raisonnements peuvent être fautifs, donc on les écarte ; et rien ne prouve absolument qu'on ne rêve pas.

Reste alors une seule chose que le doute ne peut atteindre : pendant que je doute, je pense — et pendant que je pense, je suis. Le cogito n'est pas un raisonnement mais une expérience que chacun refait pour son compte. De cette première certitude, Descartes entreprend de reconstruire tout le savoir, dans l'ordre, comme une chaîne de raisons.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Doute méthodique

Un doute volontaire, provisoire et instrumental : on doute pour trouver, pas pour renoncer. C'est le contraire du doute sceptique, qui s'installe et conclut qu'on ne peut rien savoir.

Distinguer les deux est le point de grammaire philosophique le plus rentable sur cet auteur.

Cogito

« Je pense, donc je suis. » L'existence du sujet pensant est la seule chose indubitable, parce que la nier revient à la confirmer : pour douter que j'existe, il faut bien que je pense.

Attention : le cogito n'établit pas que j'ai un corps, ni que le monde extérieur existe. Il ne donne qu'un point, et Descartes doit tout reconstruire ensuite.

Malin génie

Fiction du doute poussé à l'extrême : supposons qu'un être tout-puissant emploie sa ruse à me tromper sur tout, y compris sur les mathématiques.

C'est une hypothèse de travail, pas une croyance — un moyen de tester la solidité de ce qui reste debout.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Discours de la méthode, IV (1637)

« Je pense, donc je suis. »

La formule latine, cogito ergo sum, apparaît ailleurs ; le français est celui du Discours. Le « donc » ne marque pas une déduction en trois temps mais la saisie immédiate d'une évidence. À employer sur la conscience, le sujet, la vérité — jamais comme un slogan sur l'importance de réfléchir.

Discours de la méthode, VI

« comme maîtres et possesseurs de la nature »

La formule complète est plus prudente que sa réputation : Descartes écrit que la science nouvelle nous rendrait « comme » maîtres et possesseurs — l'adverbe atténue, et le but affiché est la santé et le soulagement du travail humain. On la cite souvent comme l'acte de naissance du saccage écologique ; c'est une lecture rétrospective qu'il faut savoir discuter plutôt que reprendre.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Hume conteste le sujet : en cherchant son moi, il ne trouve qu'un faisceau de perceptions changeantes, jamais une substance pensante. Freud porte le coup décisif — si une part de la vie psychique m'échappe, la conscience n'est plus la maison où je suis maître, et « le moi n'est pas maître dans sa propre maison ». Nietzsche, enfin, soupçonne la grammaire : dire « je pense » suppose déjà un « je », alors qu'on constate seulement qu'il y a de la pensée.

S'en servir dans un devoir. Descartes est indispensable sur la conscience, le sujet, la vérité et la méthode. Le schéma qui marche presque toujours : thèse — la conscience est le lieu d'une certitude absolue (cogito) ; antithèse — Freud, Nietzsche, Marx montrent qu'elle est traversée par ce qu'elle ignore ; dépassement — reste que même une conscience illusionnée est encore une conscience, et que le doute suppose quelqu'un qui doute.
Le contresens à éviter : Faire de Descartes un homme qui « doute de tout », donc un sceptique. C'est l'inverse : il doute pour cesser de douter, et son doute est un instrument qu'il abandonne dès qu'il a trouvé. Second contresens fréquent : croire que le cogito prouve l'existence du corps ou du monde — il ne prouve que celle de la pensée.

Notions liées

la consciencela véritéla techniquela raison

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

← Tous les auteurs