Les mots, expliqués
Le vocabulaire n'est pas un obstacle à franchir avant de comprendre un texte : c'est ce qui permet de le dire. Un correcteur ne met pas de points pour le mot « anaphore », il en met pour ce que tu montres grâce à lui. Voici donc chaque mot du programme en une phrase, avec un exemple — et tu les retrouveras expliqués partout où ils apparaissent sur le site, sans avoir à revenir ici.
Les figures de style
Ce que l'auteur fait avec les mots pour produire un effet.
- accumulation
- On entasse les mots, encore et encore, pour donner une impression de trop-plein.
- allégorie
- Une idée qu'on ne peut pas voir (la mort, la justice) devient un personnage qu'on peut voir. La Mort dessinée en squelette avec une faux : l'idée a pris un corps.
- anaphore
- Le même mot revient au début de plusieurs phrases ou de plusieurs vers, comme un refrain. « Rien de ce que je vois… Rien de ce que j'entends… Rien ne me console. »
- antithèse
- On met deux idées opposées l'une à côté de l'autre pour que chacune se voie mieux. « Ici la vie, là la mort. »
- chiasme
- Quatre éléments rangés en miroir : A B, puis B A. « Il faut manger pour vivre et non vivre pour manger. »
- comparaison
- On rapproche deux choses en le disant clairement, avec un petit mot comme « comme », « tel », « pareil à ». « Il dort comme un enfant » — on voit les deux choses, l'homme et l'enfant.
- énumération
- Une liste de mots à la suite, qui donne l'impression que ça n'en finit pas. « Des cris, des rires, des pleurs, des chants. »
- euphémisme
- On remplace un mot qui fait peur ou qui choque par un mot plus doux. « Il nous a quittés » à la place de « il est mort ».
- gradation
- Les mots se suivent du plus faible au plus fort, comme une marche qui monte. « Il est agacé, énervé, furieux. »
- hyperbole
- On exagère énormément, exprès, pour frapper. « Je meurs de faim » — on n'en meurt pas vraiment.
- ironie
- On dit le contraire de ce qu'on pense, et on s'arrange pour que le lecteur le comprenne. « Quelle belle journée ! » sous la pluie battante.
- litote
- On dit moins pour faire comprendre beaucoup plus, souvent avec une négation. « Ce n'est pas mauvais » veut dire « c'est très bon ».
- métaphore
- On appelle une chose par le nom d'une autre, parce qu'elles se ressemblent — et sans prévenir avec « comme ». « Cet homme est un lion » : il n'est pas un lion, il est courageux comme un lion.
- métaphore filée
- Une image qu'on continue sur plusieurs phrases, au lieu de l'utiliser une fois et de passer à autre chose. Si tu dis d'un chanteur qu'il « décolle », puis qu'il « survole la salle », puis qu'il « atterrit » : tu as filé l'image de l'avion.
- métonymie
- On nomme une chose par une autre qui est à côté d'elle, ou qui en fait partie. « Boire un verre » : on boit ce qu'il y a dedans, pas le verre.
- oxymore
- Deux mots qui se contredisent, collés l'un à l'autre exprès. « Une obscure clarté » : c'est sombre et c'est clair en même temps, et c'est ce choc qui frappe.
- parallélisme
- Deux phrases construites exactement pareil, l'une après l'autre. « Le jour se lève, la nuit s'efface. »
- périphrase
- On décrit une chose au lieu de la nommer, en plusieurs mots. « L'astre du jour » pour dire « le soleil ».
- personnification
- On fait agir un objet, un animal ou une idée comme s'il était une personne. « La rivière chante » : une rivière ne chante pas, seul quelqu'un chante.
- prétérition
- On annonce qu'on ne va pas parler d'une chose — et en le disant, on en parle. « Je ne dirai rien de son mensonge. »
Le vers et le son
Tout ce qui compte quand un texte est en vers.
- alexandrin
- Un vers de douze syllabes, le plus courant en poésie française. « Je-t'ai-me-de-puis-si-long-temps-que-je-l'ou-blie » : compte, il y en a douze.
- allitération
- Le même son de consonne revient plusieurs fois de suite et s'entend. « Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes ? » — on entend le sifflement.
- assonance
- Le même son de voyelle revient plusieurs fois et donne une couleur au vers. « Les sanglots longs des violons » : le son « on » revient trois fois.
- blanc typographique
- Le vide laissé sur la page : il fait silence, et le silence dit quelque chose.
- césure
- La coupure au milieu du vers, là où la voix marque une pause.
- contre-rejet
- L'inverse du rejet : le mot est lâché à la fin du vers, alors qu'il appartient à la phrase qui suit.
- diérèse
- On prononce en deux syllabes un mot qu'on dit d'habitude en une seule, pour que le vers tombe juste. « vi-o-lon » et non « vio-lon ».
- enjambement
- La phrase ne s'arrête pas à la fin du vers : elle continue sur le vers suivant, sans reprendre son souffle.
- hémistiche
- La moitié d'un vers, de part et d'autre de la coupure du milieu.
- octosyllabe
- Un vers de huit syllabes : plus court, il va plus vite.
- quatrain
- Un groupe de quatre vers.
- rejet
- Un mot court qui devait tenir dans le vers précédent, et qu'on repousse au début du vers suivant : du coup, on ne voit que lui. « … le soleil / Luit » : « Luit » est seul en tête de vers, et il éclate.
- sonnet
- Un poème de quatorze vers : deux groupes de quatre, puis deux groupes de trois.
- strophe
- Un paquet de vers séparé des autres par une ligne blanche, comme un paragraphe en poésie.
- tercet
- Un groupe de trois vers.
- vers libres
- Des vers qui ne comptent pas leurs syllabes et ne riment pas forcément : le poète choisit lui-même où couper.
La grammaire
Les mots de la question de grammaire, à l'oral.
- apostrophe
- On s'adresse directement à quelqu'un — ou à une chose — en l'appelant. « Nature, berce-le » : on parle à la nature comme à une personne.
- article indéfini
- « Un », « une », « des » : ils désignent n'importe lequel, pas celui qu'on connaît déjà. « Un soldat » : on ne sait pas qui, et c'est pour cela que ce peut être n'importe qui.
- conditionnel
- Le temps du verbe qui dit « ce serait vrai si… » : ce n'est pas un fait, c'est une supposition. « Il sourirait comme un enfant » : ce sourire n'est peut-être pas un vrai sourire.
- impératif
- Le mode du verbe qui donne un ordre ou une prière. « Berce-le », « viens », « écoute ».
- inversion
- Le sujet passe derrière son verbe, alors qu'il devrait être devant. « Où chante une rivière » : on entend le chant avant de savoir qui chante.
- juxtaposition
- Des mots ou des phrases posés les uns après les autres, séparés par une virgule, sans mot de liaison. « Bouche ouverte, tête nue » : rien ne relie, tout est côte à côte.
- négation
- La façon de dire non : « ne… pas », « ne… jamais », « ne… rien ».
- phrase nominale
- Une phrase sans verbe conjugué : elle tombe d'un coup, comme une note. « Silence. Puis un cri. »
- présentatif
- Un petit mot qui montre, comme un doigt tendu : « c'est », « voici », « il y a ». « C'est un trou de verdure » : le décor est planté d'un coup.
- subjonctif
- Le mode du verbe qui sert quand la chose n'est pas sûre, ou qu'elle est seulement souhaitée. « Qu'il vienne ! »
- subordonnée
- Un morceau de phrase qui ne peut pas vivre tout seul : il dépend d'un autre. Dans « Je pars parce qu'il pleut », « parce qu'il pleut » est la subordonnée.
Le récit
Comment une histoire est racontée, et par qui.
- apologue
- Une petite histoire qui sert à faire comprendre une leçon. Une fable de La Fontaine : des animaux, et une morale à la fin.
- chute
- La dernière phrase, qui retourne tout ce qu'on venait de lire. « Il a deux trous rouges au côté droit » : le dormeur était mort depuis le début.
- discours direct
- Les paroles sont données telles quelles, entre guillemets ou après un tiret.
- discours indirect
- Les paroles sont rapportées par quelqu'un d'autre, dans sa propre phrase. « Il dit qu'il viendrait. »
- discours indirect libre
- On entend les pensées d'un personnage sans qu'on annonce « il pensait que » : sa voix se mélange à celle du narrateur. « Il regarda la porte. Partirait-elle vraiment ? » — c'est lui qui se le demande.
- ellipse
- On supprime des mots — ou tout un moment de l'histoire — et le lecteur comble le trou tout seul.
- focalisation
- À travers les yeux de qui on voit la scène : de celui qui sait tout, ou d'un seul personnage.
- incipit
- Le tout début d'un roman : les premières lignes, celles qui doivent donner envie et poser le décor.
- narrateur
- Celui qui raconte l'histoire — ce n'est pas forcément l'auteur, et il peut mentir.
Le théâtre
Ce qui n'existe que sur une scène.
- aparté
- Un personnage dit tout bas quelque chose que le public entend et que les autres personnages n'entendent pas.
- dénouement
- La fin de la pièce, le moment où tous les nœuds se défont.
- didascalie
- Les indications de l'auteur qu'on ne dit pas sur scène : qui entre, qui sort, sur quel ton. « (Il sort.) »
- double énonciation
- Au théâtre, un personnage parle à un autre personnage — mais l'auteur, lui, parle en même temps au public.
- monologue
- Un personnage seul en scène qui parle à voix haute : on entend ce qu'il pense.
- quiproquo
- Un malentendu : un personnage croit qu'on parle d'une chose, alors qu'on parle d'une autre.
- stichomythie
- Les personnages se répondent par répliques très courtes, du tac au tac : la dispute s'accélère.
- théâtre dans le théâtre
- Une pièce jouée à l'intérieur de la pièce : les personnages deviennent spectateurs à leur tour.
- tirade
- Une longue prise de parole d'un personnage, sans que personne le coupe.
Les idées
Les mots pour parler de ce qu'un texte défend.
- a posteriori
- Ce qu'on ne sait qu'après avoir vu, essayé, vécu.
- a priori
- Ce qu'on sait avant toute expérience, rien qu'en réfléchissant.
- aliénation
- Devenir étranger à soi-même : ce qu'on fait ne nous appartient plus. L'ouvrier qui fabrique toute la journée une pièce dont il ne verra jamais l'objet fini.
- aporie
- Une impasse : les deux réponses possibles se valent, et l'on ne peut pas trancher.
- argumentation indirecte
- On défend une idée sans la dire franchement : on raconte une histoire, et c'est l'histoire qui convainc.
- autonomie
- Se donner à soi-même ses propres règles, et leur obéir parce qu'on les a choisies. Le contraire, c'est obéir à une règle qu'un autre a posée pour toi.
- champ lexical
- Tous les mots d'un texte qui parlent du même sujet, même s'ils sont éparpillés. « berceau », « lit », « bercer », « chaud » : le champ lexical du sommeil de l'enfant.
- cogito
- Le raisonnement de Descartes : je peux douter de tout, mais pas du fait que je suis en train de douter — donc j'existe. « Je pense, donc je suis. »
- contingent
- Qui aurait pu ne pas être, ou être autrement. Ta date de naissance est contingente ; que 2 + 2 fasse 4 ne l'est pas.
- contrat social
- L'idée que la société repose sur un accord : chacun renonce à un peu de liberté pour être protégé.
- déterminisme
- L'idée que tout ce qui arrive a une cause, et que rien n'aurait pu se passer autrement. Si on connaissait toutes les causes, on saurait d'avance ce que tu vas choisir.
- dialectique
- Une façon de penser où l'on avance en opposant deux idées, jusqu'à ce que le choc en fasse naître une troisième.
- dogmatisme
- L'attitude de celui qui affirme sans examiner, et qui n'accepte pas d'être contredit.
- écopoétique
- Une façon de lire les textes en regardant la place qu'ils donnent à la nature et au vivant.
- empirisme
- L'idée que tout ce qu'on sait vient de l'expérience : on apprend en voyant, en touchant, en essayant.
- état de nature
- Une expérience de pensée : à quoi ressembleraient les hommes s'il n'y avait ni lois ni société ?
- fin'amor
- L'amour des chevaliers du Moyen Âge : on aime une dame de loin, on la sert, et on ne l'obtient presque jamais.
- hétéronomie
- Obéir à une règle qui vient d'ailleurs : des parents, d'une loi, d'une envie qu'on ne maîtrise pas.
- immanence
- Ce qui est entièrement dans le monde, sans rien au-dessus.
- inconscient
- La partie de toi qui agit sur ce que tu fais sans que tu t'en aperçoives. Un lapsus : tu voulais dire un mot, tu en dis un autre.
- libre arbitre
- Le pouvoir de choisir vraiment, sans que rien ni personne décide à ta place.
- locus amoenus
- Un coin de nature parfait — herbe, eau, ombre, calme — qu'on trouve depuis l'Antiquité dans les poèmes.
- maxime
- Une phrase courte qui prétend dire une vérité valable pour tout le monde. « On ne prête qu'aux riches. »
- nécessaire
- Qui ne peut pas être autrement, quoi qu'on fasse.
- objectif
- Qui ne dépend pas de celui qui regarde : tout le monde peut le vérifier.
- paradoxe
- Une idée qui va contre ce que tout le monde croit — et qui, pourtant, tient debout.
- problématique
- La question précise à laquelle tout le devoir répond — et à laquelle la réponse n'est pas évidente.
- prosaïque
- Se dit d'un mot ordinaire, terre à terre, qu'on n'attend pas dans un poème. « Un trou » au milieu d'un beau paysage.
- rationalisme
- L'idée que la raison seule, sans expérience, peut atteindre certaines vérités. On sait qu'un triangle a trois côtés sans avoir besoin d'en mesurer un.
- réfutable
- Une affirmation est réfutable quand on peut imaginer une observation qui prouverait qu'elle est fausse. « Tous les cygnes sont blancs » : il suffirait d'un cygne noir. C'est ce qui en fait une phrase scientifique.
- registre
- L'effet que le texte cherche à produire sur toi : te faire rire, te faire pleurer, t'impressionner. Registre comique (on rit), tragique (c'est perdu d'avance), lyrique (on chante ses sentiments).
- relativisme
- L'idée qu'il n'y a pas de vérité valable pour tous : chacun la sienne, chaque société la sienne.
- scepticisme
- L'attitude de celui qui suspend son jugement : il ne dit ni oui ni non tant qu'il n'est pas sûr.
- sophisme
- Un raisonnement qui a l'air juste et qui est faux, souvent fait exprès pour tromper.
- subjectif
- Qui dépend de celui qui ressent : cela change d'une personne à l'autre.
- syllogisme
- Un raisonnement en trois temps : deux affirmations, et la conclusion qui en découle forcément. Tous les hommes sont mortels ; Socrate est un homme ; donc Socrate est mortel.
- thèse
- L'idée qu'un auteur défend, celle qu'il veut te faire accepter.
- transcendance
- Ce qui est au-dessus et au-delà du monde où l'on vit, hors de sa portée.
- universel
- Valable pour tout le monde, partout, tout le temps.
- utilitarisme
- Juger une action à ses conséquences : elle est bonne si elle produit le plus de bonheur pour le plus de gens.