Épicure
341-270 av. J.-C. — œuvre majeure : Lettre à Ménécée
Le bonheur est l'absence de trouble (ataraxie), atteinte par le tri des désirs.
Contre qui il pense
Épicure fonde son école, le Jardin, dans une Athènes qui a perdu son indépendance : les cités sont soumises, la vie politique n'offre plus de prise. La philosophie change alors d'objet — il ne s'agit plus de fonder la cité juste mais de rendre une vie vivable. Ses adversaires sont les superstitions religieuses, qui font craindre les dieux, et l'idée que la mort serait un mal.
La thèse
Tout mal vient d'une crainte mal fondée ou d'un désir mal réglé. Contre les craintes, une physique : le monde est fait d'atomes et de vide, les dieux ne s'occupent pas de nous, et l'âme se dissout à la mort — donc la mort n'est rien pour nous, puisque là où elle est, nous ne sommes plus.
Contre les désirs, un classement. Certains sont naturels et nécessaires (manger, boire, être à l'abri) : ils sont faciles à satisfaire. D'autres sont naturels mais non nécessaires (les mets raffinés). D'autres enfin sont vains — la gloire, la richesse, le pouvoir — et n'ont pas de limite, donc ne peuvent jamais être comblés. Le bonheur consiste à s'en tenir aux premiers : c'est l'ataraxie, l'absence de trouble.
Son vocabulaire
Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.
Ataraxie
Littéralement : absence de trouble. Le bonheur épicurien est un état d'équilibre — ne pas souffrir dans son corps, ne pas être troublé dans son âme — et non une accumulation de plaisirs.
C'est pourquoi il est accessible : il ne demande presque rien.
Classification des désirs
Naturels et nécessaires / naturels et non nécessaires / ni naturels ni nécessaires (dits vains).
Le critère est simple et redoutable : un désir vain n'a pas de terme. On peut toujours être plus riche ou plus célèbre — donc jamais assez. C'est l'outil le plus opératoire de toute la fiche.
Tétrapharmakon
Le « quadruple remède », résumé de la doctrine : les dieux ne sont pas à craindre ; la mort n'est pas à redouter ; le bonheur est facile à atteindre ; la douleur est facile à supporter.
Quatre propositions, une thérapeutique — la philosophie est ici une médecine de l'âme.
Ses apports
- Distinguer désirs naturels/nécessaires et désirs vains.
- Le plaisir bien compris comme mesure, non comme excès.
- Se libérer de la crainte des dieux et de la mort.
Citations, et ce qu'elles disent
« La mort n'est rien pour nous : quand nous sommes, la mort n'est pas là, et quand la mort est là, nous ne sommes plus. »
Argument logique et non consolation sentimentale : un mal suppose un sujet qui l'éprouve, or la mort supprime le sujet. On peut lui objecter qu'on ne craint pas l'état d'être mort mais la privation de ce qu'on aurait vécu — c'est exactement le genre de discussion qu'un correcteur attend.
« Quand nous disons que le plaisir est le but de la vie, il ne s'agit pas des plaisirs des débauchés. »
Épicure a lui-même dû corriger le contresens de son vivant. Le plaisir qu'il vise est négatif — l'absence de douleur et de trouble —, pas l'intensité. Il vivait de pain et d'eau, et écrivait qu'un peu de fromage était pour lui un festin.
Ce qu'on lui oppose
Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.
Les stoïciens, ses grands rivaux, lui reprochent de faire du plaisir le critère et de se retirer de la vie publique : pour eux, le bien est la vertu, et l'homme a des devoirs envers la cité. Plus profondément, on peut objecter que la limitation des désirs revient à rétrécir la vie pour ne plus souffrir — Nietzsche y verrait une morale de la prudence, un renoncement déguisé en sagesse. Enfin, l'argument sur la mort ignore la peur de ceux qui restent.
Notions liées
Pour vérifier, et aller plus loin
La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.
- SEP — Epicurus — La physique, le plaisir en repos, la mort qui n’est rien pour nous.
- SEP — Ancient Ethical Theory — Où situer Épicure entre Aristote et les stoïciens.