Aller au contenu
Philosophie · Contractualisme

Hobbes

1588-1679 — œuvre majeure : Léviathan

Sans État, c'est la guerre de tous contre tous ; les hommes cèdent leur violence au Léviathan pour la sécurité.

Contre qui il pense

Hobbes écrit pendant la guerre civile anglaise : le roi Charles Ier est décapité en 1649, le pays se déchire, et lui-même s'exile en France. Le Léviathan paraît en 1651. Sa question n'est donc pas théorique — il s'agit de comprendre ce qui empêche une société de se dissoudre. Il s'oppose frontalement à Aristote, pour qui l'homme est naturellement fait pour la cité.

La thèse

Imaginons les hommes sans pouvoir commun au-dessus d'eux. Ils sont à peu près égaux en force — le plus faible peut tuer le plus fort par ruse —, ils désirent les mêmes biens rares, et personne ne peut garantir que l'autre n'attaquera pas le premier. La défiance suffit alors à produire la guerre, même sans méchanceté : attaquer devient rationnel.

L'état de nature est donc « une guerre de chacun contre chacun », où la vie est « solitaire, misérable, pénible, quasi animale et brève ». La seule issue est un contrat par lequel tous renoncent simultanément à leur droit sur toutes choses au profit d'un souverain — le Léviathan — dont le pouvoir doit être absolu pour être efficace. Mieux vaut un maître qu'aucun.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

État de nature

Chez Hobbes comme chez Rousseau, une hypothèse et non une période historique : que se passerait-il en l'absence de pouvoir commun ?

Sa réponse tient en trois causes de conflit : la rivalité (les biens), la défiance (la sécurité) et la fierté (la réputation).

Droit de nature / loi de nature

Le droit de nature est la liberté de faire tout ce qui sert sa conservation — y compris tuer. La loi de nature est le précepte rationnel qui commande de chercher la paix.

La distinction est décisive : le contrat consiste à abandonner le premier pour obéir à la seconde.

Léviathan

Monstre biblique dont Hobbes fait le nom de l'État : un corps artificiel, composé de tous les individus — le frontispice du livre le montre littéralement, un géant fait de milliers de petits hommes.

Ce souverain n'est pas partie au contrat : les sujets contractent entre eux, ce qui interdit de lui reprocher de le rompre.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

formule latine reprise de Plaute, épître dédicatoire du De Cive

« L'homme est un loup pour l'homme. »

La formule complète est plus nuancée : l'homme est un dieu pour l'homme dans la cité, et un loup pour l'homme entre les États. Hobbes ne dit donc pas que l'homme est méchant par nature — il dit que sans pouvoir commun, la peur réciproque suffit à produire la guerre. La distinction sauve la citation.

Léviathan, XIII (1651)

« une telle vie est solitaire, misérable, pénible, quasi animale et brève »

Description de l'état de nature. Ce que Hobbes souligne surtout, c'est ce qui n'y existe pas : ni agriculture, ni navigation, ni arts, ni lettres — parce qu'aucune entreprise longue n'est possible sans sécurité. La civilisation entière est présentée comme un effet de l'État.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Rousseau retourne l'argument : Hobbes a projeté sur l'homme naturel les passions de l'homme social — la rivalité, l'orgueil, le désir de préférence n'existent que là où il y a comparaison, donc société. Locke, plus modéré, admet un état de nature régi par une loi naturelle et refuse le pouvoir absolu : si le souverain viole les droits fondamentaux, la résistance est légitime. C'est de Locke, non de Hobbes, que descendent les régimes libéraux.

S'en servir dans un devoir. Hobbes est le point de départ obligé sur l'État et la justice, et le couple Hobbes / Rousseau est le plus rentable de la philosophie politique — deux hypothèses opposées sur l'état de nature, deux conclusions opposées sur le pouvoir. Sur « l'État est-il l'ennemi de la liberté ? », il fournit la thèse la plus forte : sans lui, aucune liberté n'est même pensable, puisque rien ne dure.
Le contresens à éviter : Faire de Hobbes un pessimiste qui croit l'homme naturellement mauvais. Son argument est logique, non moral : même entre gens raisonnables, l'absence de garantie rend l'attaque préventive rationnelle. C'est ce qui rend sa démonstration redoutable — elle n'a besoin d'aucune méchanceté.

Notions liées

l'Étatla justicela liberté

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

← Tous les auteurs