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Philosophie · Empirisme, scepticisme

Hume

1711-1776 — œuvre majeure : Enquête sur l'entendement humain

Toute connaissance vient de l'expérience ; la causalité n'est qu'une habitude, non une nécessité rationnelle.

Contre qui il pense

Hume écrit dans l'Écosse des Lumières, à un moment où la physique de Newton triomphe et où l'on croit la raison capable de tout fonder. Il applique à l'esprit humain la méthode expérimentale : n'admettre que ce que l'expérience donne. Le résultat est dévastateur pour le rationalisme de Descartes — et c'est ce livre qui, de l'aveu de Kant, le réveillera de son « sommeil dogmatique ».

La thèse

Tout le contenu de l'esprit vient de l'expérience. Il y a les impressions — sensations vives et présentes — et les idées, qui n'en sont que des copies affaiblies. Toute idée qui ne peut être ramenée à une impression est donc suspecte, et c'est le crible que Hume applique aux grands concepts.

Premier résultat : la causalité. Nous voyons une bille en heurter une autre, puis la seconde partir. Nous n'observons jamais la « force » qui passerait de l'une à l'autre — seulement une succession répétée. La nécessité que nous croyons voir dans les choses est une habitude de notre esprit. Second résultat : le moi. En cherchant en moi une substance pensante, je ne trouve qu'un faisceau de perceptions qui se succèdent.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Impressions / idées

L'impression est ce qui est éprouvé — voir du rouge, avoir mal. L'idée est le souvenir ou l'image qu'on s'en fait, toujours plus pâle.

Le critère qui en découle est redoutable : devant un concept obscur, demander de quelle impression il dérive. S'il n'en dérive d'aucune, il ne signifie rien.

Habitude (custom)

Ce qui produit notre croyance en la causalité et en la régularité du monde. Rien ne prouve que le soleil se lèvera demain : nous l'attendons parce que nous l'avons toujours vu.

Hume ne condamne pas cette habitude — sans elle, aucune vie n'est possible. Il refuse simplement de la faire passer pour une démonstration.

Loi de Hume (être / devoir-être)

D'un énoncé de fait (« il est ainsi ») on ne peut pas déduire un énoncé de valeur (« il doit en être ainsi »). Le passage se fait couramment, et il est illégitime.

Argument extrêmement rentable : il permet de réfuter toute morale qui se réclame de « ce qui est naturel ».

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Enquête sur l'entendement humain (1748)

« La coutume est donc le grand guide de la vie humaine. »

Conclusion de l'analyse de la causalité. Ce n'est pas un renoncement : Hume constate que nos raisonnements sur les faits reposent sur une disposition naturelle, non sur une preuve. La science n'en est pas disqualifiée — elle est simplement replacée sur son vrai socle.

Traité de la nature humaine (1739)

« Je ne peux jamais me saisir moi-même sans une perception, et je ne peux jamais rien observer que la perception. »

Réponse directe au cogito. Descartes croyait atteindre une substance pensante ; Hume, en s'observant, ne trouve qu'une succession d'états. Le moi serait donc une fiction commode, produite par la mémoire — citation décisive sur la conscience et le sujet.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Kant reconnaît la force de l'argument et refuse la conclusion : si la causalité n'est pas dans les choses, elle n'est pas non plus une simple habitude — c'est une catégorie de notre entendement, condition de toute expérience possible. C'est la réponse la plus célèbre de l'histoire de la philosophie. On objecte par ailleurs que le scepticisme de Hume est intenable en pratique : lui-même le reconnaît, et dit qu'une partie de trictrac suffit à l'en guérir.

S'en servir dans un devoir. Hume est indispensable sur la vérité, la raison et la science, et le couple Hume / Kant est l'un des plus rentables du programme. Sur « la science dit-elle la vérité ? » ou « peut-on tout démontrer ? », son analyse de la causalité fournit une première partie complète. Retiens surtout la loi de Hume : elle sert sur presque tous les sujets de morale.
Le contresens à éviter : Faire de Hume quelqu'un qui « ne croit à rien ». Son scepticisme est modéré et porte sur nos justifications, pas sur nos croyances : il ne doute pas que le soleil se lèvera, il conteste qu'on puisse le démontrer. Second contresens : croire qu'il nie l'existence du monde extérieur — il en examine le fondement, ce qui est autre chose.

Notions liées

la véritéla raisonla science

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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