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Philosophie · Empirisme, libéralisme

Locke

1632-1704 — œuvre majeure : Traité du gouvernement civil

L'esprit est une « table rase » ; l'État doit protéger les droits naturels (vie, liberté, propriété).

Contre qui il pense

Locke écrit après les guerres civiles anglaises et publie ses Traités en 1690, au lendemain de la Glorieuse Révolution qui a chassé un roi et imposé des limites à la couronne. Sa cible explicite est la monarchie de droit divin ; son adversaire implicite est Hobbes, dont il accepte le point de départ — l'état de nature, le contrat — pour en tirer des conclusions inverses.

La thèse

L'état de nature n'est pas une guerre : c'est un état de liberté et d'égalité, déjà régi par une loi naturelle que la raison fait connaître — nul ne doit nuire à la vie, à la liberté ni aux biens d'autrui. Ce qui y manque n'est pas la morale, c'est un juge impartial : chacun étant juge dans sa propre cause, les conflits s'enveniment.

Les hommes s'associent donc pour garantir des droits qu'ils possédaient déjà, et non pour les abandonner. Trois conséquences majeures : le pouvoir est limité par sa finalité, il doit être divisé (législatif et exécutif séparés), et s'il viole ce pour quoi il a été institué, la résistance devient légitime. Locke fonde en outre la propriété sur le travail : ce que j'ai tiré de la nature par mon effort m'appartient.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Droits naturels

La vie, la liberté et les biens — que Locke réunit sous le mot property, plus large que notre « propriété ».

Ces droits ne sont pas créés par l'État : ils lui préexistent, et l'État n'est là que pour les protéger. C'est le fondement de tout le libéralisme politique.

Consentement

Aucun pouvoir n'est légitime sans l'accord des gouvernés. Locke admet un consentement tacite — le fait de jouir des protections d'une société vaut acceptation.

C'est le point faible reconnu de sa théorie, et l'objection que Hume lui adressera.

Droit de résistance

Si le gouvernement se retourne contre les droits qu'il devait garantir, il rompt le contrat et le peuple recouvre son pouvoir.

Différence décisive avec Hobbes, chez qui le souverain n'est pas partie au contrat et ne peut donc jamais le rompre.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Second traité du gouvernement civil (1690)

« Le grand et principal but que se proposent les hommes en s'unissant en communautés est la conservation de leur propriété. »

Le mot anglais property ne se réduit pas aux biens : il recouvre « la vie, la liberté et les possessions ». L'État est donc défini par sa finalité, et c'est ce qui le limite — un pouvoir qui s'attaque à ce qu'il devait protéger perd sa raison d'être.

Second traité du gouvernement civil, chapitre V

« Le travail de son corps et l'ouvrage de ses mains sont proprement à lui. »

Fondement de la propriété par le travail : en mêlant mon effort à une chose commune, je me l'approprie. Locke pose deux limites — ne pas gâcher, et en laisser « assez et d'aussi bon » aux autres. Ces limites sont souvent oubliées, et c'est sur elles que porte l'essentiel de la discussion.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Hume conteste le consentement tacite : naître quelque part n'est pas consentir, et l'on ne quitte pas son pays comme on quitte une auberge. Rousseau objecte que fonder l'État sur la protection de la propriété revient à consacrer une inégalité déjà là. Marx radicalise : la théorie du travail-propriété justifie précisément l'appropriation par ceux qui ne travaillent pas. On rappelle enfin que Locke fut actionnaire d'une compagnie négrière — contradiction historique qui alimente les lectures critiques du libéralisme.

S'en servir dans un devoir. Locke est indispensable sur l'État, la liberté et la justice, et il complète le couple Hobbes / Rousseau en fournissant une troisième hypothèse sur l'état de nature. Sur « l'État peut-il tout ? », il donne l'argument le plus net : sa finalité le limite. C'est aussi lui, et non Hobbes, qui inspire les déclarations de droits américaine et française — le dire situe immédiatement la copie.
Le contresens à éviter : Le confondre avec Hobbes parce que les deux parlent d'état de nature et de contrat. Chez Hobbes, l'état de nature est une guerre et le pouvoir doit être absolu ; chez Locke, il est pacifique mais incertain, et le pouvoir doit être limité et révocable. Second contresens : croire que Locke justifie une propriété sans bornes — il pose explicitement deux limites.

Notions liées

l'Étatla libertéla vérité

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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