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Philosophie · Phénoménologie

Merleau-Ponty

1908-1961 — œuvre majeure : Phénoménologie de la perception

Je suis mon corps : la conscience est incarnée, ancrée dans un corps qui perçoit le monde.

Contre qui il pense

Merleau-Ponty appartient à la génération de Sartre et de Beauvoir, avec qui il fonde Les Temps modernes avant de rompre. Il introduit en France la phénoménologie de Husserl, mais s'intéresse aussi à la psychologie expérimentale, à la neurologie et aux cas pathologiques. Sa cible est le grand partage cartésien : d'un côté une pensée sans étendue, de l'autre un corps-machine. Il écrit contre les deux camps hérités de ce partage — l'intellectualisme, qui fait tout dépendre de la conscience, et l'empirisme, qui réduit la perception à des stimulus.

La thèse

La perception n'est ni une opération de l'esprit ni une réception passive : c'est un rapport au monde par le corps. Avant toute réflexion, je suis déjà installé dans un monde qui a un haut et un bas, du proche et du lointain, du maniable et de l'inaccessible — et cette organisation vient de mon corps.

D'où la thèse centrale : je n'ai pas un corps, je suis mon corps. Le corps n'est pas un objet parmi d'autres que ma conscience habiterait comme un pilote son navire — image de Descartes que Merleau-Ponty récuse explicitement. Il est le point de vue à partir duquel il y a un monde, et il ne peut donc jamais être entièrement objectivé : je ne peux pas voir mes yeux voir.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Corps propre

Le corps tel que je le vis, par opposition au corps-objet du médecin ou de l'anatomiste. Je ne l'observe pas de l'extérieur : je l'habite, et je sais où sont mes mains sans avoir à les chercher.

Il a des propriétés qu'aucun objet ne possède — il est toujours là, je ne peux pas m'en éloigner, et il est à la fois voyant et visible.

Être-au-monde

Traduit de Heidegger. Nous ne sommes pas d'abord des consciences qui se demanderaient ensuite si un monde extérieur existe : nous sommes toujours déjà engagés dans une situation.

Le doute cartésien devient dès lors artificiel : il suppose qu'on puisse s'extraire de ce dont on ne sort jamais.

Chair

Notion de ses derniers travaux, restés inachevés. La chair désigne l'étoffe commune du sentant et du senti — ce qui fait que le voyant appartient au visible.

Son exemple canonique est celui des deux mains qui se touchent : chacune est tour à tour touchante et touchée, sans qu'on puisse jamais fixer laquelle est le sujet.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Phénoménologie de la perception (1945)

« Je ne suis pas devant mon corps, je suis dans mon corps, ou plutôt je suis mon corps. »

Noter la correction en cours de phrase : « ou plutôt ». Merleau-Ponty écarte successivement deux formulations insuffisantes — être devant (le corps comme objet), être dans (le corps comme contenant) — pour aboutir à l'identité. La forme même de la phrase fait le travail de la pensée.

Phénoménologie de la perception, avant-propos

« Le monde n'est pas ce que je pense, mais ce que je vis. »

Réponse directe à Descartes. Le monde n'est pas d'abord un objet de connaissance à fonder, c'est un milieu dans lequel je suis engagé avant toute réflexion. Citation très utile sur la conscience, la perception et la vérité.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Sartre lui reproche de diluer la liberté : si la conscience est toujours déjà incarnée et située, que reste-t-il du pouvoir de dire non ? Les sciences cognitives, de leur côté, contestent que l'expérience vécue soit un accès privilégié — un cerveau peut produire des perceptions parfaitement trompeuses, et la description phénoménologique ne le détecterait pas. On lui objecte enfin une difficulté de méthode : décrire l'expérience « avant toute réflexion » suppose de réfléchir.

S'en servir dans un devoir. Merleau-Ponty sert sur la conscience, la perception, la nature et l'art. Sa fonction la plus efficace est de fournir un dépassement : sur « suis-je mon corps ? » ou « la conscience est-elle ce qui me définit ? », il permet de sortir de l'opposition scolaire entre Descartes et les matérialistes, en refusant le partage lui-même. Ses pages sur Cézanne sont par ailleurs excellentes sur la notion d'art.
Le contresens à éviter : En faire un matérialiste qui réduirait l'esprit au corps. Il refuse exactement autant l'inverse : le corps propre n'est pas une machine, et la conscience n'est pas un épiphénomène. Sa position consiste à contester le partage entre les deux, ce qui est une troisième voie et non un camp. Second contresens : confondre son corps propre avec le corps biologique — c'est le corps vécu, pas celui de l'anatomie.

Notions liées

la consciencela nature

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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