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Philosophie · Lumières, premier féminisme

Olympe de Gouges

1748-1793 — œuvre majeure : Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne

Si la femme a le droit de monter à l’échafaud, elle doit avoir également celui de monter à la tribune.

Contre qui il pense

Fille d’une famille modeste de Montauban, autodidacte, femme de lettres et dramaturge, Olympe de Gouges écrit en 1791 contre une évidence : la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 dit « l’homme » et l’entend au sens strict — les femmes n’ont ni le vote, ni l’éligibilité, ni les droits civils. Elle vise aussi Rousseau et sa Sophie, éduquée pour plaire, et le Code en préparation. Girondine, opposée à la Terreur et à l’exécution du roi, elle est guillotinée en novembre 1793.

La thèse

Son geste est d’une efficacité redoutable et purement rhétorique : elle récrit la Déclaration de 1789 article par article, en y ajoutant les femmes. L’article premier devient « la femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits ». Aucune théorie nouvelle n’est nécessaire — il suffit d’appliquer le texte à la lettre pour faire apparaître que son universel était un particulier déguisé.

L’argument central est resté célèbre pour sa brutalité logique : la loi punit les femmes comme les hommes, donc elle les tient pour responsables, donc pour des sujets de droit — « la femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune ». On ne peut pas exiger de quelqu’un l’obéissance sans lui reconnaître la qualité qui la rend exigible. Elle y joint un contrat social entre l’homme et la femme, et une réflexion sur les droits des enfants nés hors mariage.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Universel non tenu

Le procédé de tout le texte : ne pas contester le principe, mais son application. La Déclaration de 1789 est prise au mot, et c’est ce littéralisme qui la met en défaut.

Argument encore vivant : la critique la plus forte d’un universalisme est souvent celle qui l’exige au lieu de le rejeter.

L’échafaud et la tribune

Une symétrie logique : la responsabilité pénale et la capacité politique reposent sur la même qualité — être un sujet raisonnable et libre.

Reconnaître la première en refusant la seconde est une contradiction, et c’est cette contradiction qu’elle rend visible en une phrase.

Contrat social des sexes

Elle propose une « forme de contrat social de l’homme et de la femme » réglant les biens, la filiation et la reconnaissance des enfants naturels.

Ce n’est pas un ornement : c’est la traduction civile de l’égalité politique, sans laquelle celle-ci resterait déclarative.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, article premier, 1791

« La femme naît libre et demeure égale à l’homme en droits. »

Calque exact de l’article premier de 1789, à un mot près — et ce mot suffit à tout révéler. Le procédé est plus fort qu’un traité : il ne réfute pas la Déclaration, il l’achève. Excellent exemple, en dissertation sur la justice ou l’égalité, de ce que peut une reformulation.

Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne, article X, 1791

« La femme a le droit de monter à l’échafaud ; elle doit avoir également celui de monter à la tribune. »

L’argument logique en une phrase, et une ironie tragique : elle est guillotinée deux ans plus tard. À employer sur « la loi doit-elle être la même pour tous ? » — elle montre qu’une inégalité de droits est incohérente dès lors qu’on maintient l’égalité des devoirs.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Ses adversaires immédiats invoquaient la nature — c’est l’argument de Rousseau, et il faut le restituer pour que sa réponse ait du poids. Sur le fond, on a pu lui objecter que sa Déclaration reste dans le cadre libéral et bourgeois qu’elle prolonge : elle réclame l’accès des femmes aux droits existants sans interroger la structure — objection que porteront plus tard les féminismes matérialistes. Enfin, son œuvre a longtemps été jugée sur son style plutôt que sur ses arguments, ce qui a servi à l’écarter.

S'en servir dans un devoir. Olympe de Gouges est une référence idéale sur la justice et l’égalité, parce qu’elle fournit un exemple daté et un argument, ce qui est rare. Sur « l’égalité en droit suffit-elle ? » ou « la loi est-elle la même pour tous ? », place-la après la Déclaration de 1789 : elle montre en une page qu’un universel proclamé peut exclure. Le trio complet avec Rousseau et Condorcet vaut une copie entière.
Le contresens à éviter : En faire une figure symbolique dont on cite le nom sans le texte. Sa force est argumentative : cite l’article X et déplie le raisonnement. Second contresens : la présenter comme une révolutionnaire radicale. Elle était modérée, opposée à la Terreur et à l’exécution du roi — et c’est pour cela qu’elle a été exécutée.

Notions liées

la justicela libertél’Étatle devoir

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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