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Philosophie · Jansénisme, apologétique

Pascal

1623-1662 — œuvre majeure : Pensées

L'homme est un être de contradiction — grandeur et misère — dont le cœur connaît ce que la raison ignore.

Contre qui il pense

Pascal est d'abord un savant : il invente une machine à calculer à dix-neuf ans, établit l'existence du vide contre la physique reçue, fonde le calcul des probabilités. C'est ce mathématicien qui va marquer les limites de la raison — l'argument porte d'autant plus. Après 1654 et sa « nuit de feu », il se consacre à une apologie du christianisme, restée inachevée : les fragments qu'on en a forment les Pensées.

La thèse

L'homme est un être disproportionné : perdu entre l'infiniment grand et l'infiniment petit, il ne peut connaître ni les principes ni la fin des choses. Sa condition est misérable — il est mortel, faible, incapable de rester seul dans une chambre — mais il le sait, et cette conscience fait toute sa grandeur.

D'où l'analyse du divertissement : puisque penser à sa condition est insupportable, l'homme s'agite. La chasse, le jeu, la guerre, les charges ne valent rien pour eux-mêmes — ce qu'on y cherche, c'est de n'avoir pas à s'arrêter. Pascal ne conclut pas qu'il faut renoncer à la raison, mais qu'elle ne suffit pas : « le cœur a ses raisons que la raison ne connaît point ».

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Divertissement

Au sens fort du latin divertere : se détourner. Ce n'est pas le loisir, c'est tout ce qui empêche de penser à soi — y compris le travail, l'ambition, la conversation.

L'argument décisif : ce qu'on cherche n'est pas le lièvre mais la chasse. On refuserait le lièvre qu'on nous offrirait — preuve que le but n'était pas le but.

Esprit de finesse / esprit de géométrie

La géométrie raisonne à partir de principes clairs mais peu nombreux, par déduction. La finesse saisit d'un seul regard des principes innombrables et confus — c'est l'intelligence des choses humaines.

Pascal ne hiérarchise pas : il montre que chacune échoue sur le terrain de l'autre.

Le pari

Argument adressé à celui que la raison laisse indécis. Puisqu'on ne peut pas démontrer, il faut miser : en pariant que Dieu existe, on risque une vie finie contre un gain infini.

Ce n'est pas une preuve de l'existence de Dieu — c'est un calcul de décision, et l'un des premiers de l'histoire.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Pensées, fragment 200 (éd. Lafuma)

« L'homme n'est qu'un roseau, le plus faible de la nature ; mais c'est un roseau pensant. »

La suite est essentielle : il ne faut pas que l'univers entier s'arme pour l'écraser, « une vapeur, une goutte d'eau suffit pour le tuer » — mais quand l'univers l'écrase, l'homme est plus noble que ce qui le tue, parce qu'il sait qu'il meurt. La grandeur ne vient pas de la force, elle vient de la conscience.

Pensées, fragment 136

« Tout le malheur des hommes vient d'une seule chose, qui est de ne savoir pas demeurer en repos dans une chambre. »

Formule du divertissement. Elle ne dénonce pas la paresse mais l'agitation : nous fuyons le silence parce qu'il nous met en face de notre condition. Citation efficace sur le bonheur, le désir et la conscience — à condition d'expliquer le mécanisme et non de la citer seule.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Voltaire répond dans ses Lettres philosophiques que Pascal calomnie l'espèce humaine : l'agitation qu'il condamne est ce qui a produit les sciences, les arts et le confort. Sur le pari, l'objection classique est double — on ne choisit pas de croire par décision, et l'argument vaudrait pour n'importe quelle divinité promettant l'infini. Descartes, enfin, tient la position inverse sur la raison, ce qui explique le jugement sévère de Pascal : « Descartes inutile et incertain. »

S'en servir dans un devoir. Pascal sert sur la conscience, le bonheur, le désir, la raison et la religion. Le divertissement est l'une des analyses les plus utiles du programme : sur « le bonheur est-il dans la quête ou dans la possession ? », il fournit un retournement complet. Excellent contrepoint à Épicure — pour l'un le bonheur est accessible en limitant ses désirs, pour l'autre l'homme ne supporte pas de s'arrêter.
Le contresens à éviter : Faire de Pascal un ennemi de la raison. Il est mathématicien et ne cesse d'en défendre l'usage : il en marque les limites, ce qui est tout autre chose. Second contresens : réduire le divertissement aux écrans et aux loisirs. Chez Pascal, une carrière prestigieuse divertit exactement comme un jeu de cartes — et c'est ce qui rend l'analyse redoutable.

Notions liées

la consciencela raisonla religion

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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