Aller au contenu
Philosophie · Idéalisme

Platon

428-348 av. J.-C. — œuvre majeure : La République

Le monde sensible n'est qu'une copie imparfaite du monde des Idées, seul véritablement réel.

Contre qui il pense

Platon écrit après la condamnation à mort de Socrate par la démocratie athénienne, en 399 av. J.-C. Toute son œuvre part de ce scandale : une cité a tué le plus juste de ses citoyens sur la foi d'opinions. Ses adversaires sont les sophistes, qui enseignent contre salaire l'art de faire triompher n'importe quelle thèse, et pour qui il n'existe pas de vérité mais des discours efficaces.

La thèse

Ce que nos sens perçoivent est changeant, multiple et périssable ; or nous parlons de « la » justice, de « le » cercle, comme de choses stables. Platon en conclut qu'il existe un ordre de réalités intelligibles — les Idées — dont les choses sensibles ne sont que des copies imparfaites.

Connaître n'est donc pas accumuler des impressions, mais s'en détacher pour atteindre le modèle. D'où le renversement le plus important de sa pensée : le réel n'est pas ce qu'on touche, c'est ce qu'on comprend — et l'apparence est précisément ce qui nous empêche d'y accéder.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Idée (eidos)

Ce n'est pas une pensée dans une tête. Chez Platon, l'Idée est une réalité objective, éternelle et parfaite, dont les choses sensibles participent : le cercle tracé au tableau est imparfait, l'Idée de cercle ne l'est pas.

Traduire « Idée » par « concept » est le contresens le plus courant : le concept est dans l'esprit, l'Idée existe indépendamment de nous.

Doxa / épistémè

La doxa est l'opinion : ce qu'on croit sans savoir pourquoi, ce que tout le monde répète. L'épistémè est la science : un savoir qu'on peut justifier.

La différence n'est pas de degré mais de nature. Une opinion vraie reste une opinion tant qu'on ne peut pas en rendre raison.

Réminiscence

Apprendre, c'est se ressouvenir. L'âme aurait contemplé les Idées avant sa naissance ; l'enseignement ne fait donc que réveiller un savoir déjà là.

Le Ménon le met en scène : un jeune esclave, qui n'a jamais appris la géométrie, retrouve seul une démonstration sous les questions de Socrate.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

La République, livre VII (l'allégorie de la caverne)

« Représente-toi des hommes dans une demeure souterraine, enchaînés depuis l'enfance… »

Les prisonniers prennent les ombres projetées sur la paroi pour la réalité. Sortir est douloureux — la lumière aveugle — et celui qui redescend pour libérer les autres est moqué, puis menacé de mort. Platon décrit à la fois l'ascension vers la connaissance et le sort réservé à Socrate. À employer pour la vérité, l'illusion, mais aussi pour la question de savoir si la vérité est toujours bonne à dire.

attribué à Socrate, thèse platonicienne

« Nul n'est méchant volontairement. »

Si l'on fait le mal, c'est par ignorance du bien — personne ne choisit sciemment ce qui lui nuit. Thèse redoutable, dite intellectualisme moral : elle fait de la faute une erreur, donc du crime une affaire d'instruction et non de volonté. Excellente amorce pour une dissertation sur le devoir ou la responsabilité.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Aristote, son propre élève, refuse de séparer deux mondes : pourquoi dédoubler le réel ? La forme d'une chose est dans la chose, pas dans un ciel intelligible. Plus tard, Nietzsche ira plus loin : inventer un « monde vrai » derrière le monde sensible serait le geste fondateur de tout le nihilisme occidental — une façon de dévaloriser la vie au profit d'un arrière-monde. Le christianisme, dira-t-il, c'est « du platonisme pour le peuple ».

S'en servir dans un devoir. Platon sert dès qu'un sujet oppose l'apparence et la réalité, l'opinion et le savoir, ou interroge le prix de la vérité. Sur « faut-il préférer la vérité à la paix ? », la caverne fournit à elle seule une thèse et son coût : celui qui sort ne peut plus revenir sans être haï. Évite d'en faire un simple ornement — raconte l'allégorie en trois phrases, puis sers-t'en.
Le contresens à éviter : Croire que la caverne est une métaphore de la vie moderne (les écrans, les réseaux). L'analogie est tentante et elle est même utile en ouverture, mais elle ne remplace pas le texte : chez Platon, ce qui enchaîne n'est pas un dispositif technique, c'est l'habitude de croire, et la sortie n'est pas un débranchement, c'est un apprentissage long et pénible.

Notions liées

la véritéla conscience

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

← Tous les auteurs