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Philosophie · Épistémologie

Popper

1902-1994 — œuvre majeure : La Logique de la découverte scientifique

Une théorie est scientifique si elle est réfutable ; la science avance par conjectures et réfutations.

Contre qui il pense

Popper est un jeune Viennois enthousiasmé, vers 1919, par trois théories qui prétendent tout expliquer : le marxisme, la psychanalyse de Freud et celle d'Adler. Au même moment, une expédition vérifie une prédiction risquée d'Einstein sur la déviation de la lumière — prédiction qui, si l'observation avait donné un autre résultat, aurait ruiné la théorie. La comparaison le frappe : les premières expliquaient tout, la seconde prenait un risque. Toute son épistémologie sort de là.

La thèse

Le critère de scientificité n'est pas la vérification mais la réfutabilité. Une théorie est scientifique si l'on peut dire quelle observation la ferait tomber ; une théorie que rien ne pourrait démentir n'est pas fortement confirmée — elle est vide.

Popper règle du même coup le problème de l'induction posé par Hume : aucune accumulation d'observations ne prouve une loi générale, mais un seul contre-exemple suffit à la détruire. La logique de la science est donc négative : on ne démontre jamais qu'une théorie est vraie, on constate qu'elle a résisté. Une théorie n'est jamais vraie, seulement « corroborée » — provisoirement non réfutée.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Réfutabilité (falsifiabilité)

Propriété d'un énoncé qui interdit quelque chose, donc qui peut être démenti par l'expérience.

Le test tient en une question : qu'est-ce qui, si on l'observait, prouverait que j'ai tort ? Si l'on ne peut rien répondre, l'énoncé n'est pas scientifique.

Le cygne noir

Exemple canonique de l'asymétrie entre vérification et réfutation. Un million de cygnes blancs ne prouvent pas que « tous les cygnes sont blancs » ; un seul cygne noir suffit à le réfuter.

D'où la conclusion : la science avance par élimination, non par accumulation.

Conjectures et réfutations

Modèle du progrès scientifique : on propose une hypothèse audacieuse (conjecture), on la soumet aux tests les plus sévères possibles, on l'abandonne si elle échoue.

Popper valorise donc les théories risquées : plus une théorie interdit de choses, plus elle est intéressante.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Conjectures et réfutations (1963)

« Une théorie qui n'est réfutable par aucun événement qui se puisse concevoir est dépourvue de caractère scientifique. »

Formulation du critère. Attention à la portée exacte : « non scientifique » ne veut pas dire « faux » ni « sans valeur ». La métaphysique, la morale, la religion ne sont pas réfutables, et Popper ne les condamne pas — il refuse seulement qu'elles se présentent comme des sciences.

La Logique de la découverte scientifique (1934)

« Ce n'est pas la possession du savoir, de la vérité irréfutable, qui fait l'homme de science, mais la quête critique, obstinée et inquiète de la vérité. »

Renversement de l'image du savant. Le scientifique n'est pas celui qui sait, c'est celui qui cherche à se tromper le moins longtemps possible. À employer sur la vérité, la science, mais aussi sur ce que vaut le doute.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

Kuhn objecte que les chercheurs n'abandonnent pas une théorie au premier échec : ils la rafistolent, et ne changent de cadre qu'au moment d'une révolution scientifique — l'histoire des sciences ne ressemble pas au modèle de Popper. Duhem et Quine ajoutent qu'on ne teste jamais une hypothèse isolée mais un ensemble : en cas d'échec, rien ne dit laquelle est fautive. Enfin, le critère lui-même a été retourné contre son auteur — la réfutabilité est-elle une thèse réfutable ?

S'en servir dans un devoir. Popper est la référence la plus opératoire sur la science, la vérité et la raison. Sur « la science dit-elle la vérité ? » ou « une théorie doit-elle être vérifiable ? », son critère structure une première partie entière, et Kuhn fournit l'antithèse. Il sert aussi d'outil : appliquer le test de réfutabilité à l'astrologie, à la psychanalyse ou à un discours complotiste vaut mieux qu'un long développement.
Le contresens à éviter : Comprendre « non falsifiable » comme « faux » ou « mensonger ». Le vocabulaire est piégeux : falsifiable traduit l'anglais falsifiable et signifie « réfutable », c'est-à-dire susceptible d'être démenti — et c'est une qualité, pas un défaut. Second contresens : croire que Popper rejette la psychanalyse comme sans intérêt ; il lui conteste le statut de science, ce qui n'est pas la même chose.

Notions liées

la sciencela vérité

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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