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Philosophie · Philosophie du langage et de l’esprit

John Searle

né en 1932 — œuvre majeure : Les Actes de langage

Manipuler des symboles selon des règles ne produit jamais de la compréhension : la syntaxe ne suffit pas à faire du sens.

Contre qui il pense

Formé à Oxford dans la philosophie du langage ordinaire, Searle prolonge Austin puis s’attaque à trois fronts : le langage, l’esprit, le social. Ses adversaires sont clairement identifiés — l’intelligence artificielle « forte » et le fonctionnalisme computationnel, pour qui l’esprit est un programme (lignée de Turing) ; le matérialisme éliminativiste des Churchland, qui veut supprimer la conscience du vocabulaire scientifique ; et, dans une polémique restée célèbre, Derrida et la déconstruction.

La thèse

Un ordinateur manipule des symboles d’après des règles de forme : il a une syntaxe. Comprendre, c’est autre chose — c’est que ces symboles soient à propos de quelque chose : une sémantique. Or aucune quantité de syntaxe ne produit de la sémantique. C’est ce que montre l’expérience de pensée de la chambre chinoise, et c’est pourquoi un programme, si performant soit-il, ne comprend rien de ce qu’il traite.

Searle n’en conclut pourtant pas au dualisme. La conscience est réelle, elle est causée par le cerveau et n’est pas réductible à autre chose : il appelle cela un naturalisme biologique. Et le même geste vaut pour le social : un bout de papier devient un billet de banque parce qu’une collectivité lui attribue une fonction-statut — X compte comme Y dans le contexte C. Ces faits-là sont institués, donc arbitraires, et parfaitement objectifs.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Acte de langage

Dire, c’est faire. Une phrase a un contenu propositionnel (ce qu’elle dit) et une force illocutoire (ce qu’on fait en le disant : affirmer, promettre, ordonner, déclarer).

Les déclaratifs sont les plus intéressants : « la séance est ouverte », « je vous déclare mari et femme » font exister ce qu’ils énoncent. C’est déjà toute la théorie du social.

Chambre chinoise

Enfermé dans une pièce avec un manuel, un homme qui ne sait pas un mot de chinois reçoit des idéogrammes et renvoie, d’après les règles du manuel, des idéogrammes appropriés. De l’extérieur, il paraît comprendre le chinois. De l’intérieur, il n’a rien compris du tout.

Or c’est exactement ce que fait un programme. Donc réussir le test ne prouve pas qu’on comprend.

Fait institutionnel

Un fait brut tient sans nous : cette pierre pèse trois kilos. Un fait institutionnel n’existe que par une intentionnalité collective qui l’instaure : ceci est un billet de vingt euros, ceci est une frontière, celui-ci est président.

Le point que tout le monde manque : ces faits sont objectifs. Je ne peux pas décider seul que mon billet n’en est plus un.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Minds, Brains and Programs, 1980

« Les programmes sont purement formels (syntaxiques) […] et la syntaxe n’est ni constitutive de la sémantique, ni suffisante à elle seule pour la produire. »

La formule complète de l’argument, en une ligne. À l’heure des modèles de langage, elle reste l’objection à laquelle il faut répondre : produire des phrases justes n’est pas savoir de quoi l’on parle. C’est la référence contemporaine sur la technique et sur la conscience.

La Construction de la réalité sociale, 1995

« X compte comme Y dans le contexte C. »

La formule qui engendre toutes les institutions : ce bout de papier (X) compte comme de la monnaie (Y) en France (C). Elle explique pourquoi les institutions sont à la fois construites et contraignantes — objection utile contre l’idée qu’une réalité « construite » serait par là même illusoire ou facile à changer.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

La riposte classique est celle du système : ce n’est pas l’homme dans la pièce qui comprend le chinois, c’est l’ensemble homme + manuel + salle. Searle répond que l’homme peut apprendre le manuel par cœur et rester sans comprendre ; ses adversaires trouvent la réponse insuffisante. On lui objecte aussi que son naturalisme biologique tient mal ensemble deux thèses difficilement compatibles : la conscience est causée par le cerveau, et elle n’y est pas réductible. Dennett y voit une intuition déguisée en argument.

S'en servir dans un devoir. Searle est la référence la plus utile sur « une machine peut-elle penser ? », « le langage sert-il seulement à communiquer ? », « les institutions sont-elles arbitraires ? ». Sur la technique, la chambre chinoise permet une deuxième partie qui ne se contente pas de dire que la machine « n’a pas d’âme » : elle donne une raison. Et sur la justice ou l’État, la fonction-statut évite le piège du « tout est construit donc tout se vaut ».
Le contresens à éviter : Résumer la chambre chinoise par « la machine n’a pas de conscience ». Ce n’est pas la conclusion, c’en est le point de départ : l’argument porte sur le sens, pas sur l’expérience vécue, et il vaut même pour une machine parfaitement performante. Deuxième contresens : croire que Searle nie l’intelligence artificielle. Il ne conteste pas l’IA « faible » — la machine qui simule — mais l’IA « forte », qui prétend que simuler, c’est comprendre.

Notions liées

le langagela consciencela techniquela vérité

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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