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Philosophie · Philosophie du langage

Wittgenstein

1889-1951 — œuvre majeure : Tractatus logico-philosophicus

Les limites de mon langage sont les limites de mon monde : la philosophie est une critique du langage.

Contre qui il pense

Wittgenstein est le seul grand philosophe à avoir produit deux œuvres qui se contredisent, et c'est le premier fait à connaître. Ingénieur de formation, élève de Russell à Cambridge, il rédige le Tractatus dans les tranchées de la Première Guerre, croit avoir résolu tous les problèmes philosophiques, et quitte la discipline pour devenir instituteur puis jardinier. Il revient dix ans plus tard réfuter son propre livre ; les Recherches philosophiques paraîtront après sa mort.

La thèse

Première période. Le langage est une image du monde : une proposition a du sens si elle représente un état de choses possible. Tout ce qui déborde ce cadre — la morale, l'esthétique, le sens de la vie — n'est pas faux, il est indicible. D'où la dernière phrase du Tractatus : « ce dont on ne peut parler, il faut le taire ».

« Seconde période. » Wittgenstein juge cette conception trop étroite : le langage ne sert pas seulement à décrire. On l'emploie pour ordonner, prier, plaisanter, saluer, promettre — autant de jeux de langage, chacun avec ses règles, comme il y a des jeux de cartes et des jeux de ballon. Chercher la signification d'un mot en dehors de ces usages n'a pas de sens : « la signification d'un mot, c'est son usage dans la langue ». La philosophie cesse alors d'être une théorie pour devenir une thérapie — dissiper les faux problèmes nés d'un mauvais emploi des mots.

Son vocabulaire

Employer ces mots correctement vaut mieux que citer trois phrases.

Jeu de langage

Une pratique langagière réglée, inséparable d'une activité — donner des ordres sur un chantier, raconter une blague, faire une prière.

Wittgenstein en dresse des listes pour montrer qu'aucune définition unique ne les recouvre : ils ont entre eux un air de famille, comme les membres d'une même famille se ressemblent sans partager un seul trait commun.

Air de famille

Réponse à l'exigence de définition. Qu'ont en commun tous les « jeux » ? Ni la compétition, ni l'amusement, ni les règles — mais un réseau de ressemblances qui se chevauchent.

C'est une critique radicale de la méthode socratique, qui cherchait pour chaque mot une essence unique.

Argument du langage privé

Un langage que je serais seul à comprendre, dont les mots désigneraient mes seules sensations, est impossible : je n'aurais aucun moyen de vérifier que j'emploie le mot correctement d'une fois sur l'autre.

Conséquence lourde : le sens suppose une communauté et des règles publiques — ce qui atteint toute la tradition qui fonde la connaissance sur l'intériorité.

Ses apports

Citations, et ce qu'elles disent

Tractatus logico-philosophicus (1921), proposition 7

« Ce dont on ne peut parler, il faut le taire. »

Dernière phrase du livre, et la plus mal comprise. Ce n'est pas une invitation au silence méprisant : Wittgenstein tient que l'éthique et le sens de la vie sont ce qu'il y a de plus important, et précisément trop importants pour qu'un langage descriptif prétende les dire. Ce qui ne peut être dit se montre.

Recherches philosophiques (1953), § 43

« La signification d'un mot, c'est son usage dans la langue. »

Formule de la seconde période, et renversement complet de la première. On ne cherche plus ce qu'un mot représente, mais comment il fonctionne. À employer sur le langage et la vérité, notamment contre l'idée qu'un mot aurait un sens fixe qu'il suffirait de découvrir.

Ce qu'on lui oppose

Une thèse sans objection ne fait pas une dissertation : voilà de quoi bâtir la deuxième partie.

L'objection la plus immédiate est qu'il se réfute lui-même : si les problèmes philosophiques sont des maladies du langage, que valent les propositions du Tractatus ? Wittgenstein l'assume — il compare son livre à une échelle qu'il faut jeter après y être monté, aveu vertigineux. On lui objecte aussi que réduire la signification à l'usage rend difficile de rendre compte de la vérité : un énoncé n'est pas vrai parce qu'on l'emploie ainsi. Et sa thérapeutique du langage, si on la suit, supprimerait presque toute la philosophie.

S'en servir dans un devoir. Wittgenstein est la référence centrale sur le langage, et très utile sur la vérité et la raison. Sur « les mots trahissent-ils la pensée ? » ou « peut-on tout dire ? », il fournit deux positions opposées — ce qui est un luxe rare : on peut construire une dissertation entière avec un seul auteur, en opposant ses deux périodes. Le geste à imiter est aussi méthodologique : commencer par demander comment le mot du sujet est employé plutôt que ce qu'il « signifie ».
Le contresens à éviter : Citer « ce dont on ne peut parler, il faut le taire » comme un éloge du silence ou une condamnation de la métaphysique. Le Tractatus place au contraire l'indicible au-dessus de tout le reste. Second contresens, plus grave : parler de « Wittgenstein » sans préciser de quelle période on parle — les deux se contredisent, et confondre l'image du monde et les jeux de langage rend le propos incompréhensible.

Notions liées

le langagela vérité

Pour vérifier, et aller plus loin

La Stanford Encyclopedia of Philosophy est en anglais, mais relue par des universitaires et gratuite : c'est la référence à donner quand une fiche ne suffit plus.

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