La conscience
« Je pense, donc je suis » : la conscience fait de nous des sujets — mais nous rend-elle vraiment transparents à nous-mêmes ?
Qu'est-ce que la conscience ?
Du latin cum scientia, « accompagné de savoir ». La conscience est le pouvoir de se représenter le monde et de se rapporter à soi-même. On distingue la conscience immédiate (la présence spontanée à ce que je vis), la conscience réfléchie (le retour sur soi, la pensée qui se prend pour objet) et la conscience morale (le sentiment du bien et du mal).
Quel problème pose la conscience ?
La conscience paraît le lieu d'une certitude absolue : même si je doute de tout, je ne peux douter que je pense (Descartes). Elle semble donc fonder la liberté et la connaissance de soi. Mais l'hypothèse de l'inconscient (Freud) et le poids des déterminismes viennent fissurer cette évidence. Le problème : la conscience est-elle une connaissance transparente de soi, ou une illusion de maîtrise ?
Où passe la frontière ? Si l'inconscient existe, la conscience n'est plus le tout du psychisme — mais elle reste ce par quoi on découvre qu'elle ne l'est pas.
Distinctions à maîtriser
Vivre une émotion (immédiate) n'est pas la même chose que se la représenter et l'analyser (réfléchie).
L'une constate ce que je pense et ressens ; l'autre juge la valeur de mes actes.
Tout ce qui me traverse n'est pas su : une part du psychisme agit hors de mon regard.
Les grandes thèses
La conscience de soi est la première des certitudes.
En doutant de tout, je découvre une chose indubitable : que je pense. Le cogito (« je pense, donc je suis ») fait de la conscience le socle du sujet et de toute connaissance.
Exemple — Le doute n'est pas du scepticisme mais une méthode : Descartes suppose un « malin génie » qui le tromperait sur tout — et découvre qu'il faut bien exister pour être trompé.
Le moi n'est pas maître dans sa propre maison.
La conscience n'est qu'une petite partie du psychisme. Lapsus, rêves et actes manqués révèlent un inconscient qui nous détermine à notre insu : croire se connaître par la seule conscience est une illusion.
Exemple — Le lapsus du président de séance qui l'ouvre en déclarant « la séance est close » : le mot dit exactement ce que la conscience taisait.
L'homme est ce qu'il se fait ; nul inconscient ne l'excuse.
Pour Sartre, invoquer un déterminisme caché relève souvent de la mauvaise foi : une manière de fuir sa liberté et sa responsabilité. La conscience est d'abord conscience d'avoir à se choisir.
Exemple — Le garçon de café de L'Être et le Néant : ses gestes trop appliqués jouent le rôle, comme pour se cacher qu'il aurait pu être autre chose.
Le repère du programme
Les repères conceptuels sont au programme officiel, et les correcteurs attendent qu'on sache s'en servir. Employé au bon moment, un repère fait passer une copie de l'opinion à l'analyse.
Est immédiat ce qui se donne directement, sans intermédiaire ; médiat, ce qui passe par un tiers.
Le repère structure toute la notion. La conscience se présente comme le lieu de l'immédiat par excellence : je n'ai besoin de rien pour savoir que je souffre, la douleur m'est donnée sans détour. C'est cette immédiateté qui fonde la certitude du cogito.
Mais elle explique aussi sa limite. Ce qui est immédiat n'est pas pour autant connu : se sentir exister ne renseigne sur rien. La connaissance de soi est nécessairement médiate — elle passe par la réflexion, par le temps, par nos actes, et par le regard d'autrui. D'où la formule qui résume le problème : je me sens immédiatement, je ne me connais que médiatement.
Un exemple pour la copie
Un lapsus — dire un mot pour un autre au pire moment — montre qu'une part de nous parle sans notre accord : la conscience ne contrôle pas tout ce qu'elle exprime.
L'expérience du regard d'autrui est plus décisive encore. Surpris à écouter derrière une porte, je ne me découvre pas indiscret par introspection : je le deviens sous un regard. Sartre en tire que la conscience de soi passe par un détour — autrui est le médiateur indispensable entre moi et moi-même.
Second piège, plus fréquent : croire que reconnaître l'inconscient revient à réfuter Descartes. Freud ne conteste pas que je sois certain de penser quand je pense — il conteste que cette certitude constitue une connaissance. Le cogito établit une existence, pas une nature : je sais que je suis, non ce que je suis. Tout le sujet « la conscience de soi est-elle une connaissance de soi ? » tient dans cet écart.
Sujets de dissertation
- La conscience de soi est-elle une connaissance de soi ?
- Peut-on vraiment se connaître soi-même ?
- L'inconscient est-il une excuse ?
Un plan de dissertation type
Être présent à soi (se sentir exister) suffit-il à se connaître, c'est-à-dire à posséder un vrai savoir sur ce que l'on est ?
Le doute peut porter sur le monde, sur mon corps, sur les vérités mathématiques — il ne peut pas porter sur le fait que je pense en doutant. Cette certitude est immédiate : elle ne passe par aucun intermédiaire, ne suppose aucune preuve, et résiste à toute hypothèse sceptique. Elle paraît donc fonder à la fois le sujet et toute connaissance possible.
À mobiliser : Descartes, Méditations métaphysiques (le doute méthodique, le cogito, l'évidence comme critère) ; le repère immédiat / médiat.
Exemple : La douleur : je n'ai besoin d'aucune vérification pour savoir que je souffre, et personne ne peut m'objecter que je me trompe. Aucun autre savoir n'a cette solidité.
Réponse : le cogito établit une existence, non une nature. Je sais que je suis ; je ne sais pas ce que je suis. Et l'hypothèse de l'inconscient aggrave l'écart — si des motifs que j'ignore orientent mes conduites, la conscience n'est plus le lieu où je me trouve, mais celui où je me manque. Elle devient un témoin partiel, et parfois complice de son propre aveuglement.
À mobiliser : Freud (« le moi n'est pas maître dans sa propre maison », les trois blessures narcissiques) ; Nietzsche, pour qui la conscience est une surface tardive ; Marx et la conscience déterminée par les conditions sociales.
Exemple : Le lapsus : une part de moi parle sans mon accord, et c'est souvent l'auditeur qui l'entend avant moi. Ce que je crois savoir de mes intentions est démenti par ce que je dis.
Les deux thèses cherchent la vérité de soi en soi — l'une la trouve, l'autre la déclare inaccessible. Or elle n'y est pas. Je ne me découvre pas en m'observant mais dans ce que je fais, et dans ce qu'un regard extérieur me renvoie. La connaissance de soi est donc médiate, jamais achevée, et elle a besoin des autres pour exister.
À mobiliser : Hegel (la conscience de soi exige la reconnaissance d'une autre conscience) ; Sartre, L'Être et le Néant (autrui comme médiateur indispensable entre moi et moi-même) ; l'entretien psychanalytique, qui suppose un tiers.
Exemple : Surpris à écouter derrière une porte, je ne me découvre pas indiscret par introspection : je le deviens sous un regard. C'est autrui qui me révèle à moi-même ce que je ne pouvais pas voir seul.
Ouverture : Autrui n'est-il pas le médiateur indispensable de la connaissance de soi ?
Exemples pour la dissertation
La conscience excessive, hyper-réflexive, peut paralyser l'action.
« To be, or not to be, that is the question. »
Une conscience lucide mais impuissante face au désir : nous ne sommes pas maîtres de nos pensées intimes.
« Je le vis, je rougis, je pâlis à sa vue. »
La conscience n'est ni transparente ni pleinement rationnelle : nous sommes des êtres biaisés qui doivent se méfier d'eux-mêmes.