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Philosophie · La morale & la politique

La liberté

Sommes-nous vraiment libres, ou seulement ignorants des causes qui nous déterminent ?

Qu'est-ce que la liberté ?

La liberté est à la fois l'absence de contrainte (pouvoir agir sans obstacle) et le pouvoir de se déterminer soi-même. Il faut distinguer la liberté d'action (faire ce que je veux), le libre arbitre (le pouvoir de choisir) et l'autonomie (se donner à soi-même sa propre loi).

Quel problème pose la liberté ?

Le sentiment d'être libre est immédiat : je crois choisir. Mais les sciences (physiques, sociales) et la philosophie révèlent des déterminismes qui pèsent sur nos choix. La liberté est-elle une donnée évidente ou une conquête ? Le problème : suis-je libre parce que je le ressens, ou ce sentiment n'est-il qu'une ignorance des causes qui me font agir ?

liberté illusoireliberté totale
Spinoza
Nous sommes conscients de nos désirs, ignorants des causes qui les produisent.
Rousseau
Être libre, ce n'est pas faire ce qu'on veut : c'est obéir à la loi qu'on s'est prescrite.
Sartre
« Condamné à être libre » : même ne pas choisir est encore un choix.

Où passe la frontière ? Le désaccord ne porte pas sur les faits, mais sur ce que prouve le sentiment d'être libre.

Rousseau tient le milieu : la contrainte de la loi peut être la forme même de la liberté.

Distinctions à maîtriser

Liberté d'action / libre arbitre

Pouvoir faire ce que je veux n'est pas encore pouvoir vouloir autrement : l'un concerne les actes, l'autre la volonté.

Liberté / licence

La liberté n'est pas faire n'importe quoi : sans règle, elle se détruit elle-même.

Autonomie / hétéronomie

Obéir à une loi que je me donne (autonomie) diffère d'obéir à une loi imposée du dehors (hétéronomie).

Les grandes thèses

SpinozaÉthique

Le sentiment de liberté est une illusion née de l'ignorance.

« Les hommes se croient libres parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent. » Une pierre qui tombe, si elle pensait, se croirait libre de tomber. La vraie liberté, pour Spinoza, c'est connaître la nécessité, non la nier.

Exemple — La pierre lancée : si elle était consciente, elle croirait voler par sa propre volonté. Elle sait qu'elle vole, elle ignore qui l'a lancée.

RousseauDu contrat social

La vraie liberté, c'est l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite.

Contre l'idée que la loi supprime la liberté, Rousseau montre qu'une loi que l'on se donne collectivement rend libre : l'autonomie politique fonde une liberté supérieure à la simple absence de contrainte.

Exemple — Le paradoxe assumé du Contrat social : on peut être « forcé d'être libre », parce que la loi qu'on s'est donnée nous protège de nos propres impulsions.

SartreL'existentialisme est un humanisme

L'homme est condamné à être libre.

Aucune nature humaine ne nous excuse : nous sommes responsables de ce que nous faisons de ce qui nous est donné. La liberté n'est pas un confort mais une charge — nous ne pouvons pas ne pas choisir.

Exemple — Le jeune homme de 1940, partagé entre rejoindre la Résistance et rester auprès de sa mère : aucune morale ne tranche à sa place. Il est condamné à choisir.

Le repère du programme

Les repères conceptuels sont au programme officiel, et les correcteurs attendent qu'on sache s'en servir. Employé au bon moment, un repère fait passer une copie de l'opinion à l'analyse.

Obligation / contrainte

La contrainte est extérieure et physique : elle force, et ne laisse aucun choix. L'obligation est intérieure et morale : elle oblige, mais laisse la possibilité de désobéir.

Le repère résout le paradoxe le plus fréquent de la notion — celui d'une liberté qui aurait besoin de la loi. Si toute règle était une contrainte, alors la liberté serait dans l'absence de règle, et l'anarchie serait le régime le plus libre. Or l'expérience dit l'inverse : là où nulle loi ne s'applique, c'est la force qui décide, et le faible n'est libre de rien.

La solution tient dans le déplacement : une loi que je me suis donnée n'est pas une contrainte mais une obligation. Elle ne me force pas, elle m'engage — et c'est pourquoi Rousseau peut soutenir que l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté.

Un exemple pour la copie

L'addiction éclaire la distinction clé : le dépendant fait ce qu'il veut sur le moment, mais ne veut pas ce qu'il fait. Agir sans contrainte extérieure ne suffit donc pas à être libre.

La pierre de Spinoza pousse l'argument plus loin : une pierre lancée qui aurait conscience de son mouvement se croirait libre, puisqu'elle sentirait son élan sans en connaître la cause. L'exemple est redoutable parce qu'il retire au sentiment de liberté toute valeur de preuve — plus je me sens libre, moins cela prouve que je le suis.

Le piège : Prendre le sentiment de liberté pour sa preuve. « Je sens bien que je suis libre » ne vaut rien comme argument, et c'est précisément ce que la pierre de Spinoza démontre : ce sentiment est parfaitement compatible avec un déterminisme intégral, puisqu'il naît de l'ignorance des causes.

Second piège, très coûteux : confondre déterminisme et fatalisme. Le fatalisme affirme que ce qui doit arriver arrivera quoi qu'on fasse — ce qui rend l'action inutile. Le déterminisme dit que tout a une cause, et il intègre l'action parmi ces causes : mes délibérations et mes efforts font partie de ce qui produit la suite. Le premier décourage d'agir, le second non. Les tenir pour identiques ruine toute la troisième partie d'une dissertation.

Sujets de dissertation

Un plan de dissertation type

Sujet : « Être libre, est-ce faire ce que l'on veut ? »
La liberté se réduit-elle à l'absence d'obstacle à mes désirs, ou suppose-t-elle la maîtrise de la volonté elle-même ?
I. Spontanément, être libre, c'est n'être empêché par rien

La définition la plus immédiate est négative : est libre celui que rien n'arrête. La liberté se mesure alors à l'absence d'obstacle — pas de chaînes, pas d'interdits, pas de maître. C'est le sens ordinaire du mot, et il n'a rien d'absurde : on sait très bien ce que perd un prisonnier.

À mobiliser : Hobbes, qui définit la liberté comme l'absence d'empêchement extérieur au mouvement ; le sens commun et l'expérience de l'enfermement.

Exemple : L'enfant qui rêve de n'avoir plus de règles. Personne ne juge cette idée sotte à quinze ans, et il faut la prendre au sérieux avant de la critiquer.

II. Mais faire ce que l'on veut n'est pas vouloir ce que l'on fait

Réponse : cette définition ne regarde que les obstacles extérieurs et néglige entièrement l'origine du désir. Or si mes désirs me sont imposés — par l'habitude, par le milieu, par une dépendance — je peux agir sans contrainte tout en n'étant l'auteur de rien. Pire : le sentiment même de liberté ne prouve rien, puisqu'il naît de l'ignorance des causes qui nous déterminent.

À mobiliser : Spinoza, Éthique et lettre à Schuller (la pierre lancée qui se croirait libre) ; Freud, sur les motifs qui échappent au sujet ; Bourdieu, sur les déterminations sociales intériorisées.

Exemple : L'addiction : le dépendant fait exactement ce qu'il veut, et c'est précisément là qu'il n'est pas libre. Aucune contrainte extérieure ne pèse sur lui — et c'est bien le problème.

III. Être libre, c'est se donner à soi-même sa loi

Les deux thèses partagent une erreur : elles cherchent la liberté dans le rapport aux obstacles. Or elle se joue dans le rapport à soi. Être libre, ce n'est ni suivre ses désirs ni s'en affranchir, c'est en être l'auteur — se donner des règles au lieu de les recevoir. Ce qui explique le paradoxe apparent d'une liberté qui a besoin de la loi : la loi que j'ai voulue ne me contraint pas, elle m'oblige.

À mobiliser : Rousseau (« l'obéissance à la loi qu'on s'est prescrite est liberté ») ; Kant et l'autonomie, opposée à l'hétéronomie ; Sartre, pour qui la liberté n'est pas un confort mais une charge dont on ne peut pas se défaire.

Exemple : Celui qui s'impose une discipline — un entraînement, un travail régulier — n'est pas moins libre que celui qui cède à chaque impulsion : il l'est davantage, puisque ses actes viennent de lui et non de l'instant.

Ouverture : La liberté est-elle un état de départ ou une conquête de toute une vie ?

« Les hommes se croient libres parce qu'ils ignorent les causes qui les déterminent. »— Spinoza

Exemples pour la dissertation

Le Mythe de Sisyphe — Camus

L'homme crée son sens par la révolte et la lucidité ; la liberté est possession de son destin.

« Il faut imaginer Sisyphe heureux. »

Dom Juan — Molière

La liberté qui se veut absolue, refusant Dieu et morale, jusqu'à se retourner en destruction de soi.

Antigone — Sophocle

La désobéissance au nom d'une justice supérieure à la loi de la cité.

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