La vérité
Peut-on atteindre une vérité certaine, ou toute vérité est-elle relative ?
Qu'est-ce que la vérité ?
La vérité est l'accord de la pensée avec son objet — c'est la définition classique, dite de l'adéquation. Une proposition est vraie quand ce qu'elle dit est effectivement le cas.
Point capital, et source du contresens le plus fréquent : la vérité est une propriété du discours, jamais des choses. Le réel n'est ni vrai ni faux, il est ; seul un énoncé sur lui peut être vrai ou faux. On ne dit pas « un arbre vrai », on dit « il est vrai que cet arbre existe ».
À côté de l'adéquation, deux autres critères circulent. La cohérence : est vrai ce qui s'accorde sans contradiction avec le reste du système — c'est le critère des mathématiques, qui ne comparent leurs énoncés à aucun objet extérieur. Et l'utilité : est vrai ce qui réussit, ce qui produit les effets attendus — c'est la thèse pragmatiste, et elle est plus fragile qu'elle n'en a l'air, puisqu'une croyance fausse peut parfaitement être efficace.
Quel problème pose la vérité ?
La vérité paraît indifférente à nos opinions : que la Terre tourne ne dépend ni de mon accord ni de celui d'une majorité. Elle semble donc absolue, universelle, contraignante — c'est même ce qui la distingue de la simple croyance.
Trois faits viennent pourtant l'inquiéter. Nos sens nous trompent, et il faut la raison pour les corriger. Nos certitudes changent : ce que la science tenait pour établi il y a deux siècles est aujourd'hui abandonné, ce qui laisse penser que nos vérités actuelles subiront le même sort. Et nos cultures divergent au point qu'on peut soupçonner toute vérité d'être locale.
D'où la tentation relativiste — mais elle se heurte à une objection redoutable : si toute vérité est relative, cette affirmation l'est aussi, et elle s'annule. La question devient alors moins « la vérité existe-t-elle ? » que « comment se construit-elle ? ». Le problème : la vérité se découvre-t-elle comme un donné, ou se conquiert-elle contre nos évidences ?
Où passe la frontière ? Entre Descartes et Bachelard, le sens du mot « évidence » s'inverse : elle devient le premier obstacle.
Distinctions à maîtriser
La réalité est ce qui existe ; la vérité, une propriété du discours qui la dit.
La certitude est un état subjectif : on peut être certain… et se tromper.
Croire, c'est tenir pour vrai sans preuve ; savoir, c'est pouvoir le justifier.
Les grandes thèses
Le doute méthodique conduit à une vérité indubitable.
Le doute cartésien n'est pas du scepticisme : c'est un instrument, volontaire et provisoire, destiné à trouver un point fixe. Descartes le pousse jusqu'à l'extrême — les sens trompent, les raisonnements peuvent être fautifs, et un « malin génie » pourrait me tromper sur tout. Mais le doute rencontre alors sa propre limite : pour être trompé, il faut être. « Je pense, donc je suis » n'est pas un raisonnement mais une évidence, saisie d'un seul coup. La vérité se fonde ainsi sur l'intuition rationnelle, non sur l'expérience.
Exemple — Le morceau de cire : chauffé, il change de couleur, d'odeur, de forme, de consistance. Ce qui demeure n'est saisi par aucun sens, mais par l'entendement seul.
La vérité scientifique se construit contre les illusions.
Bachelard renverse l'idée d'une science qui partirait de l'observation naïve. « On connaît contre une connaissance antérieure » : l'esprit n'est jamais vierge, il arrive chargé d'images et d'évidences premières qui font obstacle. Croire que le chaud est une substance qui passe d'un corps à l'autre empêche de penser la chaleur comme agitation. La vérité n'est donc pas dévoilée mais conquise, par rupture avec le sens commun — ce qui explique qu'une théorie scientifique soit toujours contre-intuitive.
Exemple — L'élève n'arrive jamais vierge en cours de physique : il croit déjà savoir ce qu'est la chaleur. C'est ce savoir-là qu'il faut défaire — l'obstacle est dans la tête, pas dans l'objet.
Nos vérités sont des interprétations utiles à la vie.
Nietzsche ne dit pas que tout se vaut : il demande d'où vient notre attachement au vrai. Sa réponse est généalogique — nous tenons pour vraies les représentations qui ont permis à notre espèce de survivre, non celles qui reflètent le réel. La logique, les catégories, l'identité des choses sont des simplifications commodes. D'où le soupçon adressé à la philosophie entière : le désir de vérité est lui-même un phénomène à expliquer, et il pourrait cacher un besoin de sécurité plutôt qu'un amour du réel.
Exemple — « Une armée mobile de métaphores » : à force d'être répétées, certaines images finissent par passer pour des vérités, et l'on oublie qu'elles étaient des images.
Le repère du programme
Les repères conceptuels sont au programme officiel, et les correcteurs attendent qu'on sache s'en servir. Employé au bon moment, un repère fait passer une copie de l'opinion à l'analyse.
Croire, c'est tenir pour vrai sans pouvoir le justifier ; savoir, c'est tenir pour vrai en pouvant en rendre raison.
La différence n'est donc pas dans le contenu — une croyance peut être vraie par hasard — mais dans la justification. Celui qui devine le bon résultat sans savoir pourquoi ne sait pas, même s'il ne se trompe pas. C'est pourquoi la connaissance est traditionnellement définie comme une « croyance vraie justifiée ».
Attention à une nuance que les copies manquent : croire admet deux sens. Croire que (une opinion incertaine) n'est pas croire en (la foi, qui revendique de dépasser la preuve au lieu d'en manquer).
Un exemple pour la copie
Le bâton plongé dans l'eau paraît brisé. L'exemple est un classique depuis l'Antiquité, et il se prête à deux lectures opposées. Pour le rationaliste, il montre que les sens trompent et que la raison corrige l'apparence. Mais on peut le retourner : l'œil ne se trompe pas — il enregistre correctement la réfraction de la lumière. C'est le jugement qui se trompe en concluant « le bâton est brisé ». L'erreur n'est jamais dans la sensation, elle est dans ce qu'on en conclut.
Sujets de dissertation
- Peut-on douter de tout ?
- Toute vérité est-elle relative ?
- La vérité est-elle toujours bonne à dire ?
Un plan de dissertation type
Le fait que nos opinions varient prouve-t-il qu'il n'existe aucune vérité universelle ?
Trois constats convergent. Nos sens nous trompent, et deux observateurs ne voient pas la même chose. Nos époques se contredisent : ce que la science tenait pour acquis hier est aujourd'hui abandonné. Nos cultures divergent jusque sur le juste et l'interdit. D'où la formule qui traîne partout : « à chacun sa vérité ».
À mobiliser : Protagoras (« l'homme est la mesure de toutes choses ») ; Montaigne, Essais, sur la diversité des coutumes ; l'exemple du bâton brisé dans l'eau.
Exemple : La théorie du phlogistique, admise par toute la chimie du XVIIIe siècle, puis intégralement abandonnée. Rien ne garantit que nos théories actuelles connaîtront un autre sort.
L'objection est décisive et il faut la poser franchement : si toute vérité est relative, alors cette affirmation l'est aussi — elle ne vaut que pour celui qui l'énonce, et ne s'impose à personne. Le relativisme ne peut se formuler sans se réfuter. Et le fait est qu'il existe des énoncés qui contraignent tout esprit : une démonstration mathématique n'admet pas d'exception culturelle.
À mobiliser : Platon, Théétète (la réfutation de Protagoras) ; Descartes et l'évidence du cogito ; les mathématiques comme modèle de vérité démontrée.
Exemple : Le théorème de Pythagore vaut à Athènes comme à Pékin, au Ve siècle avant notre ère comme aujourd'hui. Aucune majorité ne peut décider qu'il est faux.
Les deux thèses partagent un présupposé — que la vérité serait un objet, qu'on posséderait ou non. Or elle est le résultat d'un travail. Elle se conquiert contre les évidences premières, par la méthode ; et elle reste révisable sans cesser d'être universelle, parce que ce qui la garantit n'est pas une certitude définitive mais la possibilité permanente de la réfuter.
À mobiliser : Bachelard, La Formation de l'esprit scientifique (l'obstacle épistémologique, « on connaît contre une connaissance antérieure ») ; Popper et le critère de réfutabilité.
Exemple : La relativité n'a pas montré que Newton avait tort : elle a délimité le domaine où ses lois valent. Une vérité dépassée n'est pas une erreur, c'est une vérité dont on a trouvé les bornes.
Ouverture : Nos vérités ne sont-elles pas des interprétations utiles à la vie (Nietzsche) ?
Exemples pour la dissertation
L'autonomie de la vérité scientifique : elle se décide par la preuve, non par l'autorité religieuse.
« Et pourtant elle tourne. »
Le modèle de la preuve : une hypothèse génère une prédiction observable, confirmable ou réfutable.
La vérité exige le doute méthodique, la délibération et la résistance au consensus.