Lecture cursive · Théâtre · 1959

Rhinocéros

Eugène Ionesco

Pour l'entretien de l'oral (2ᵉ partie, 8 min).Cette fiche ne sert pas à l'explication linéaire : elle sert au moment où l'examinateur te demande de présenter l'œuvre que tu as choisie, puis t'interroge dessus. Revoir la méthode de l'oral →

De quoi ça parle

Dans une petite ville, un rhinocéros traverse la place. Puis deux. Puis les habitants eux-mêmes se transforment, l'un après l'autre, et finissent par trouver cela naturel, puis désirable. À la fin, Bérenger, médiocre et alcoolique, est le dernier homme.

« Pourquoi avez-vous choisi cette œuvre ? »

C'est presque toujours la première question. Une réponse vague (« j'ai bien aimé ») coûte cher, parce qu'elle laisse penser que le livre n'a pas été lu.

La pièce est née d'une expérience vécue : Ionesco a vu, dans la Roumanie des années 1930, ses amis et ses professeurs adhérer un à un à un mouvement fasciste. Le rhinocéros n'est pas une métaphore abstraite, c'est un souvenir.

Le piège : Réduire la pièce au nazisme. Ionesco vise tous les enthousiasmes collectifs, y compris ceux qui se croient du bon côté. C'est ce qui la rend inconfortable — et durable.

Le lien avec ton programme

Rattacher sa lecture cursive à une œuvre étudiée en classe est ce qui distingue le plus nettement un bon entretien d'un entretien moyen : cela prouve que tu as lu les deux.

C'est le rapprochement le plus fort du programme. La Boétie demande pourquoi tant d'hommes obéissent à un seul ; Ionesco montre comment ils s'y mettent : par imitation, par peur du ridicule, par désir d'être du bon côté. Le Discours pose la question, la pièce en donne la mise en scène.

→ La fiche de Discours de la servitude volontaire

À retenir par cœur

Créée en 1959 ; Ionesco et le « théâtre de l'absurde »Bérenger, Jean, Daisy, Dudard, Botard, le LogicienLa métamorphose de Jean, à vue, sur scène (acte II)La réplique finale : « Je ne capitule pas ! »

Les questions probables

Prépare-les à voix haute, pas dans ta tête : l'entretien est un oral, et huit minutes sont longues quand on n'a rien préparé.

Question 1

Pourquoi avoir choisi Rhinocéros ?

Donne l'origine biographique : Ionesco a vu ses proches basculer dans le fascisme roumain des années 1930. Puis annonce la question de la pièce, qui est celle de ton parcours si tu as étudié La Boétie : comment un peuple entier se met-il à vouloir ce qui le détruit ?

Question 2

Qu'est-ce que le théâtre de l'absurde ?

Définis-le par ses moyens : un langage qui tourne à vide, des situations impossibles traitées comme normales, l'absence de psychologie. Puis donne l'exemple du Logicien, dont les raisonnements sur les chats à quatre pattes sont impeccables et faux — la logique elle-même est atteinte.

Question 3

Bérenger est-il un héros ?

Non, et c'est essentiel. Il boit, il est mal rasé, il arrive en retard, il n'a aucune conviction. Ionesco refuse de faire de la résistance une affaire de vertu : Bérenger tient parce qu'il n'arrive pas à faire autrement. Le dernier homme est le plus médiocre.

Question 4

Que signifie la métamorphose de Jean ?

C'est la scène à préparer. Jean est celui qui donnait des leçons de tenue et de volonté ; il se transforme à vue, en gardant jusqu'au bout un discours raisonnable — « la nature a sa morale ». Ionesco montre que la barbarie ne renonce pas au langage : elle s'en sert.

Question 5

La pièce est-elle encore actuelle ?

Évite le « ça résonne encore aujourd'hui » sans contenu. Sois précis : ce que la pièce décrit, c'est le moment où une idée devient majoritaire et où résister n'est plus héroïque mais simplement ridicule. C'est ce mécanisme-là, et non un régime particulier, qui est visé.

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