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Explication linéaire · Gustave Flaubert

Le bal à la Vaubyessard (I, 8)

Madame Bovary — première partie, chapitre 8 — le bal du château de la Vaubyessard

Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud, mélange du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes. Les bougies des candélabres allongeaient des flammes sur les cloches d'argent ; les cristaux à facettes, couverts d'une buée mate, se renvoyaient des rayons pâles ; des bouquets étaient en ligne sur toute la longueur de la table, et, dans les assiettes à large bordure, les serviettes, arrangées en manière de bonnet d'évêque, tenaient entre le bâillement de leurs deux plis chacune un petit pain de forme ovale. Les pattes rouges des homards dépassaient les plats ; de gros fruits dans des corbeilles à jour s'étageaient sur la mousse ; les cailles avaient leurs plumes, des fumées montaient ; et, en bas de soie, en culotte courte, en cravate blanche, en jabot, grave comme un juge, le maître d'hôtel, passant entre les épaules des convives les plats tout découpés, faisait d'un coup de sa cuiller sauter pour vous le morceau qu'on choisissait. Sur le grand poêle de porcelaine à baguette de cuivre, une statue de femme drapée jusqu'au menton regardait immobile la salle pleine de monde.

Cependant, au haut bout de la table, seul parmi toutes ces femmes, courbé sur son assiette remplie, et la serviette nouée dans le dos comme un enfant, un vieillard mangeait, laissant tomber de sa bouche des gouttes de sauce. Il avait les yeux éraillés et portait une petite queue enroulée d'un ruban noir. C'était le beau-père du marquis, le vieux duc de Laverdière, l'ancien favori du comte d'Artois, dans le temps des parties de chasse au Vaudreuil, chez le marquis de Conflans, et qui avait été, disait-on, l'amant de la reine Marie-Antoinette, entre MM. de Coigny et de Lauzun. Il avait mené une vie bruyante de débauches, pleine de duels, de paris, de femmes enlevées, avait dévoré sa fortune et effrayé toute sa famille. Un domestique, derrière sa chaise, lui nommait tout haut, dans l'oreille, les plats qu'il désignait du doigt en bégayant ; et sans cesse les yeux d'Emma revenaient d'eux-mêmes sur ce vieil homme à lèvres pendantes, comme sur quelque chose d'extraordinaire et d'auguste. Il avait vécu à la Cour et couché dans le lit des reines !

On versa du vin de Champagne à la glace. Emma frissonna de toute sa peau en sentant ce froid dans sa bouche. Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas. Le sucre en poudre même lui parut plus blanc et plus fin qu'ailleurs.

[…]

Quelques hommes (une quinzaine) de vingt-cinq à quarante ans, disséminés parmi les danseurs ou causant à l'entrée des portes, se distinguaient de la foule par un air de famille, quelles que fussent leurs différences d'âge, de toilette ou de figure.

Leurs habits, mieux faits, semblaient d'un drap plus souple, et leurs cheveux, ramenés en boucles vers les tempes, lustrés par des pommades plus fines. Ils avaient le teint de la richesse, ce teint blanc que rehaussent la pâleur des porcelaines, les moires du satin, le vernis des beaux meubles, et qu'entretient dans sa santé un régime discret de nourritures exquises. Leur cou tournait à l'aise sur des cravates basses ; leurs favoris longs tombaient sur des cols rabattus ; ils s'essuyaient les lèvres à des mouchoirs brodés d'un large chiffre, d'où sortait une odeur suave. Ceux qui commençaient à vieillir avaient l'air jeune, tandis que quelque chose de mûr s'étendait sur le visage des jeunes. Dans leurs regards indifférents flottait la quiétude de passions journellement assouvies ; et, à travers leurs manières douces, perçait cette brutalité particulière que communique la domination de choses à demi faciles, dans lesquelles la force s'exerce et où la vanité s'amuse, le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues.

À trois pas d'Emma, un cavalier en habit bleu causait Italie avec une jeune femme pâle, portant une parure de perles. Ils vantaient la grosseur des piliers de Saint-Pierre, Tivoli, le Vésuve, Castellamare et les Cassines, les roses de Gênes, le Colisée au clair de lune. Emma écoutait de son autre oreille une conversation pleine de mots qu'elle ne comprenait pas. On entourait un tout jeune homme qui avait battu, la semaine d'avant, Miss Arabelle et Romulus, et gagné deux mille louis à sauter un fossé en Angleterre. L'un se plaignait de ses coureurs qui engraissaient ; un autre, des fautes d'impression qui avaient dénaturé le nom de son cheval.

L'air du bal était lourd ; les lampes pâlissaient. On refluait dans la salle de billard. Un domestique monta sur une chaise et cassa deux vitres ; au bruit des éclats de verre, Mme Bovary tourna la tête et aperçut dans le jardin, contre les carreaux, des faces de paysans qui regardaient. Alors le souvenir des Bertaux lui arriva. Elle revit la ferme, la mare bourbeuse, son père en blouse sous les pommiers, et elle se revit elle-même, comme autrefois, écrémant avec son doigt les terrines de lait dans la laiterie. Mais, aux fulgurations de l'heure présente, sa vie passée, si nette jusqu'alors, s'évanouissait tout entière, et elle doutait presque de l'avoir vécue. Elle était là ; puis autour du bal, il n'y avait plus que de l'ombre, étalée sur tout le reste. Elle mangeait alors une glace au marasquin, qu'elle tenait de la main gauche dans une coquille de vermeil, et fermait à demi les yeux, la cuiller entre les dents.

[…]

Emma mit un châle sur ses épaules, ouvrit la fenêtre et s'accouda.

La nuit était noire. Quelques gouttes de pluie tombaient. Elle aspira le vent humide qui lui rafraîchissait les paupières. La musique du bal bourdonnait encore à ses oreilles, et elle faisait des efforts pour se tenir éveillée, afin de prolonger l'illusion de cette vie luxueuse qu'il lui faudrait tout à l'heure abandonner.

Le petit jour parut. Elle regarda les fenêtres du château, longuement, tâchant de deviner quelles étaient les chambres de tous ceux qu'elle avait remarqués la veille. Elle aurait voulu savoir leurs existences, y pénétrer, s'y confondre.

[…]

La journée fut longue, le lendemain ! Elle se promena dans son jardinet, passant et revenant par les mêmes allées, s'arrêtant devant les plates-bandes, devant l'espalier, devant le curé de plâtre, considérant avec ébahissement toutes ces choses d'autrefois qu'elle connaissait si bien. Comme le bal déjà lui semblait loin ! Qui donc écartait, à tant de distance, le matin d'avant-hier et le soir d'aujourd'hui ? Son voyage à la Vaubyessard avait fait un trou dans sa vie, à la manière de ces grandes crevasses qu'un orage, en une seule nuit, creuse quelquefois dans les montagnes. Elle se résigna pourtant ; elle serra pieusement dans la commode sa belle toilette et jusqu'à ses souliers de satin, dont la semelle s'était jaunie à la cire glissante du parquet. Son cœur était comme eux : au frottement de la richesse, il s'était placé dessus quelque chose qui ne s'effacerait pas.

Ce fut donc une occupation pour Emma que le souvenir de ce bal. Toutes les fois que revenait le mercredi, elle se disait en s'éveillant : « Ah ! il y a huit jours… il y a quinze jours…, il y a trois semaines, j'y étais ! » Et peu à peu, les physionomies se confondirent dans sa mémoire, elle oublia l'air des contredanses, elle ne vit plus si nettement les livrées et les appartements ; quelques détails s'en allèrent, mais le regret lui resta.

Introduction et problématique

Madame Bovary paraît dans la Revue de Paris en 1856, puis en volume en 1857. Poursuivi pour outrage à la morale publique et religieuse, Flaubert est acquitté en février 1857. Le roman raconte comment Emma Rouault, fille de fermier élevée au couvent et nourrie de lectures sentimentales, épouse Charles Bovary, médecin de campagne, et s'ennuie à Tostes. Le chapitre 8 de la première partie la met pour la première fois en face de l'aristocratie. Charles a soigné le marquis d'Andervilliers ; le couple est invité au château de la Vaubyessard, pour un bal. Le passage retenu va du dîner au retour à Tostes. Il est coupé en trois endroits, signalés par […]. À la première lecture, c'est une scène de mondanité, brillante et presque touristique. Mais Flaubert ne raconte pas seulement une soirée. Problématique : comment une nuit de fête, décrite par le détail, fabrique-t-elle chez Emma un désir qui ne trouvera plus jamais d'objet ? Nous verrons d'abord comment le dîner offre à Emma un éblouissement des sens, puis comment le monde des hommes la rend étrangère à sa propre vie, enfin comment le souvenir du bal se change en manque.

Quels sont les mouvements du texte ?

1

Un festin qui éblouit les sens, reçu comme une initiation

de « Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud » à « plus blanc et plus fin qu'ailleurs »

Le texte part de la sensation, non de la description : « Emma se sentit, en entrant, enveloppée par un air chaud ». Le participe « enveloppée » fait d'elle un corps que le luxe entoure. L'énumération des odeurs, « du parfum des fleurs et du beau linge, du fumet des viandes et de l'odeur des truffes », mêle le raffiné et le comestible.

Le regard prend ensuite le relais. La table se décrit par des propositions courtes, séparées par des points-virgules : « les cailles avaient leurs plumes, des fumées montaient ». C'est une juxtaposition, c'est-à-dire des phrases posées côte à côte, sans lien logique. Rien n'est hiérarchisé : tout éblouit également. Le maître d'hôtel est « grave comme un juge » : le service prend la solennité d'un tribunal. Une « statue de femme » « regardait immobile la salle pleine de monde » : c'est un regard muet, comme celui d'Emma.

Le vieux duc occupe le centre. Son portrait est double. Le corps est ruiné : il est « courbé sur son assiette », « la serviette nouée dans le dos comme un enfant ». Mais la légende est royale : il fut « l'amant de la reine Marie-Antoinette ». Les yeux d'Emma reviennent « d'eux-mêmes » sur lui. Le narrateur montre la déchéance ; Emma ne voit que la gloire. L'exclamation « Il avait vécu à la Cour et couché dans le lit des reines ! » est un discours indirect libre : la pensée d'Emma passe dans la phrase, sans verbe pour l'introduire.

Le champagne clôt la séquence. Emma « frissonna de toute sa peau ». Une négation redoublée par « ni » avoue sa pauvreté : « Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas. » Même le sucre lui paraît « plus blanc » : tout change de nature.

2

Un monde d'hommes régi par la domination, où Emma devient étrangère

de « Quelques hommes (une quinzaine) » à « la cuiller entre les dents »

Après les objets, les hommes. Flaubert les décrit comme un naturaliste décrit une espèce. « Quelques hommes (une quinzaine) » : la parenthèse chiffrée a l'air d'un recensement. Ils se distinguent « par un air de famille », que les différences d'âge ou de figure n'effacent pas.

Leur corps se confond avec le décor : ils ont « le teint de la richesse, ce teint blanc que rehaussent la pâleur des porcelaines, les moires du satin, le vernis des beaux meubles ». Ces hommes sont des objets de luxe. Leur âge se brouille par une antithèse, c'est-à-dire deux idées opposées dans une même phrase : « Ceux qui commençaient à vieillir avaient l'air jeune, tandis que quelque chose de mûr s'étendait sur le visage des jeunes ». La phrase finale réunit leurs deux plaisirs : « le maniement des chevaux de race et la société des femmes perdues ». La conjonction « et » met chevaux et femmes sur le même plan.

Emma, elle, ne suit pas : elle écoute « une conversation pleine de mots qu'elle ne comprenait pas ». Autour d'elle, on cite des lieux (« Tivoli, le Vésuve, Castellamare ») et des chevaux (« Miss Arabelle et Romulus »). Elle est dans la salle sans en posséder la langue.

La rupture vient d'un geste anodin : un domestique « cassa deux vitres ». Dehors, apparaissent « des faces de paysans qui regardaient ». Le regard se retourne : les gens du dehors, c'est ce qu'Emma était. « Alors le souvenir des Bertaux lui arriva. » Sa vie passée, « si nette jusqu'alors, s'évanouissait tout entière, et elle doutait presque de l'avoir vécue » : l'imparfait étire cet effacement. Autour du bal, il n'y a plus « que de l'ombre ». La séquence s'achève sur une pose : Emma mange une glace et « fermait à demi les yeux, la cuiller entre les dents ». Le désir a trouvé son geste, celui de la volupté.

3

Un souvenir qui se change en manque, entre rite et blessure

de « Emma mit un châle sur ses épaules » à « mais le regret lui resta »

La nuit retombe et la lumière change. À la fenêtre, Emma fait « des efforts pour se tenir éveillée, afin de prolonger l'illusion de cette vie luxueuse qu'il lui faudrait tout à l'heure abandonner ». Le mot « illusion » est celui du narrateur : lui sait ce que vaut ce luxe. Le futur dans le passé, « qu'il lui faudrait », annonce déjà la perte. Puis son regard va vers le château : « Elle aurait voulu savoir leurs existences, y pénétrer, s'y confondre. » Trois infinitifs se suivent en asyndète, sans mot de liaison, et ils montent : savoir, pénétrer, se confondre. Le désir passe de la curiosité à la fusion. Le conditionnel passé « aurait voulu » le dit irréalisable. Emma ne désire pas un homme, mais « leurs existences ».

Le retour à Tostes est le miroir du bal. « La journée fut longue, le lendemain ! » L'exclamation dilate le temps. Emma se promène, « passant et revenant par les mêmes allées » : la répétition des participes dit l'enfermement. Le bal « avait fait un trou dans sa vie, à la manière de ces grandes crevasses qu'un orage, en une seule nuit, creuse quelquefois dans les montagnes » : la comparaison oppose la brièveté de la cause à la durée de la blessure.

Les objets deviennent des reliques. Emma « serra pieusement dans la commode sa belle toilette » : l'adverbe donne au souvenir un air de religion. La « semelle s'était jaunie à la cire glissante du parquet » de ses souliers, et la comparaison gagne son âme : « Son cœur était comme eux ». Le bal revient chaque semaine, comme un rite : « Toutes les fois que revenait le mercredi ». L'imparfait de « j'y étais ! » fait du bonheur un temps révolu. La chute oppose deux verbes : « quelques détails s'en allèrent, mais le regret lui resta. » L'oubli efface les détails. Il laisse le manque. Le désir n'a plus d'objet : il est devenu un état.

Conclusion et ouverture

Le bal de la Vaubyessard n'est pas une simple scène de mondanité. Il est d'abord un éblouissement : le dîner, par la juxtaposition des plats et la légende du vieux duc, enveloppe Emma de sensations qu'elle n'a jamais connues. Il est ensuite une mise à distance : le monde des hommes parle une langue qu'elle ne comprend pas, et les paysans aux vitres lui rappellent ce qu'elle quitte. Il est enfin un manque : au retour, le souvenir devient un rite, et « le regret » demeure quand les détails ont fui. Flaubert montre ainsi comment naît le désir d'Emma : non pas d'un homme ni d'un objet, mais d'une vie entière, entrevue une nuit. Reprenons les souliers de satin. Au début, ils servaient à danser. À la fin, leur semelle jaunie est la trace d'un monde auquel Emma n'appartiendra jamais. Ils disent, mieux que n'importe quel discours, que ce désir est né d'un contact bref et d'une absence longue.

Ouverture : On lira ensuite la scène des comices agricoles (II, 8), où le désir d'Emma, au lieu d'un décor, rencontre un homme : Rodolphe. Cette page éclaire aussi la notion de bovarysme, forgée à la fin du XIXe siècle par Jules de Gaultier : la tendance à se concevoir autre que l'on est. On peut enfin la rapprocher de Pot-Bouille de Zola, où le désir d'ascension sociale gouverne aussi les personnages.

Quelles questions de grammaire peut-on poser ?

La question de grammaire est posée juste après l'explication, dans la même première partie de l'épreuve. Elle est notée, et elle se prépare. Voici les trois points du programme appliqués à ce texte.

Les propositions subordonnées

« Elle faisait des efforts pour se tenir éveillée, afin de prolonger l'illusion de cette vie luxueuse qu'il lui faudrait tout à l'heure abandonner. » Relevez et analysez les propositions subordonnées.

La principale : « elle faisait des efforts ». Le verbe est à l'imparfait, qui donne à l'action une valeur de durée.

Attention aux faux amis : « pour se tenir éveillée » et « afin de prolonger l'illusion… » ne sont pas des propositions subordonnées conjonctives. Ce sont des groupes infinitifs : le verbe est à l'infinitif, et il n'a pas de sujet propre. Le second exprime le but.

La subordonnée : « qu'il lui faudrait tout à l'heure abandonner »
Nature : proposition subordonnée relative, introduite par le pronom relatif « que ». Son antécédent est « vie » (« cette vie luxueuse »). « Que » est complément d'objet direct de « abandonner ». Le verbe « faudrait », au conditionnel présent, est impersonnel (« il ») et construit avec un complément (« lui », c'est-à-dire à Emma).

Valeur du conditionnel : c'est un futur dans le passé. On se place à l'instant du bal, et l'on regarde vers l'avenir : la perte est déjà annoncée.

Effet dans le texte : la relative est rejetée en fin de phrase. La syntaxe fait ainsi tomber la perte sur la dernière idée : le lecteur retient « abandonner ».

La négation

Analysez les négations de ces trois phrases : « Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas » ; « une conversation pleine de mots qu'elle ne comprenait pas » ; « il n'y avait plus que de l'ombre ».

1. « Elle n'avait jamais vu de grenades ni mangé d'ananas »
Négation en ne… jamais, qui nie l'expérience sur tout le passé d'Emma. Le coordonnant « ni » étend la négation au second participe, « mangé ». Après la négation, l'article « des » devient « de » : « de grenades », « d'ananas ». C'est la règle qui accompagne les négations portant sur un complément indéfini.

2. « mots qu'elle ne comprenait pas »
Négation en ne… pas, dans une proposition subordonnée relative (« que » est complément d'objet direct de « comprenait »). Elle nie la compréhension : Emma entend des mots, elle n'en saisit pas le sens.

3. « il n'y avait plus que de l'ombre »
Attention : ce n'est pas une vraie négation. « Ne… plus que » est une restriction (« il y avait seulement de l'ombre »). Le « plus » dit la disparition de ce qui précédait : le monde d'avant s'est effacé.

Effet dans le texte : la première négation dit ce qu'Emma n'a pas vécu. La deuxième dit ce qu'elle n'entend pas. La troisième dit ce qui reste. Les trois composent ensemble le portrait d'une jeune femme dépossédée.

L'interrogation

« Qui donc écartait, à tant de distance, le matin d'avant-hier et le soir d'aujourd'hui ? » Identifiez cette interrogation, puis transformez-la en interrogation totale. Distinguez-la de l'exclamation qui la précède : « Comme le bal déjà lui semblait loin ! »

Nature : interrogation partielle, introduite par le pronom interrogatif « qui », qui est ici sujet de « écartait ». Le mot « donc » est une particule qui renforce la question et lui donne un ton de réflexion intérieure.

Effet : « qui » désigne d'ordinaire une personne. Ici, il prête une volonté à la distance, comme si quelqu'un avait écarté les deux jours. Il n'y a pas de réponse : c'est une interrogation oratoire, qui exprime l'étonnement d'Emma, non un vrai besoin d'information.

Transformation en interrogation totale (réponse par oui ou non) :
— « Écartait-on, à tant de distance, le matin d'avant-hier et le soir d'aujourd'hui ? »
— « Est-ce que le matin d'avant-hier et le soir d'aujourd'hui étaient si éloignés ? » (sens voisin)

Distinction : « Comme le bal déjà lui semblait loin ! » est une phrase exclamative, et non interrogative. Elle affirme l'éloignement. La question qui suit en cherche la cause.

Effet dans le texte : l'exclamation constate, l'interrogation s'étonne. Ensemble, elles font entendre le vertige d'Emma devant deux journées séparées par un abîme.

Les figures de style de ce texte

Ces figures sont nommées dans l'analyse ci-dessus. Chaque fiche en donne la définition, la manière de la repérer et la formulation à employer dans une copie.

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