Lecture cursive · Roman et récit · 2016

Tropique de la violence

Nathacha Appanah

Pour l'entretien de l'oral (2ᵉ partie, 8 min).Cette fiche ne sert pas à l'explication linéaire : elle sert au moment où l'examinateur te demande de présenter l'œuvre que tu as choisie, puis t'interroge dessus. Revoir la méthode de l'oral →

De quoi ça parle

À Mayotte, une infirmière recueille un nourrisson abandonné par sa mère sur la plage. L'enfant, Moïse, grandit entre deux mondes : la maison de Marie et le bidonville de Kaweni, que tout le monde appelle Gaza. Cinq voix se relaient pour raconter comment il en arrive à tuer.

« Pourquoi avez-vous choisi cette œuvre ? »

C'est presque toujours la première question. Une réponse vague (« j'ai bien aimé ») coûte cher, parce qu'elle laisse penser que le livre n'a pas été lu.

Le roman est raconté par cinq narrateurs, dont deux sont morts au moment où ils parlent. Ce n'est pas un effet de style : c'est ce qui empêche le lecteur de désigner un coupable. Dire cela vaut mieux que « ça parle d'un sujet d'actualité ».

Le piège : Le réduire à un roman sur l'immigration ou sur Mayotte. C'est d'abord un roman sur ce qu'on transmet aux enfants — un prénom, une langue, un livre — et sur ce qui arrive quand on ne leur transmet rien.

Le lien avec ton programme

Rattacher sa lecture cursive à une œuvre étudiée en classe est ce qui distingue le plus nettement un bon entretien d'un entretien moyen : cela prouve que tu as lu les deux.

À rapprocher de Pluie et vent sur Télumée Miracle : deux romans d'une île française, écrits par des femmes, où la violence sociale passe par les corps et où tout dépend de ce que les aînés transmettent. Chez Schwarz-Bart, la lignée tient ; chez Appanah, elle est rompue — et c'est ce qui fait la différence entre une survie et un désastre.

→ La fiche de Pluie et vent sur Télumée Miracle

À retenir par cœur

Cinq narrateurs : Marie, Moïse, Bruce, Stéphane, OlivierMayotte, et le bidonville de Kaweni surnommé « Gaza »Moïse a les yeux vairons — d'où l'accusation de porter malheurPrix Femina des lycéens 2016

Les questions probables

Prépare-les à voix haute, pas dans ta tête : l'entretien est un oral, et huit minutes sont longues quand on n'a rien préparé.

Question 1

Pourquoi avoir choisi cette œuvre ?

Évite « parce que c'est actuel ». Appuie-toi sur la forme : cinq voix, dont celles de deux morts, qui se contredisent. Tu peux ajouter que le roman a reçu le prix Femina des lycéens — donc qu'il a été choisi par des élèves de ton âge.

Question 2

Pourquoi cinq narrateurs plutôt qu'un seul ?

C'est LA question sur ce livre. Parce qu'un seul narrateur donnerait une explication, et qu'Appanah refuse d'en donner une. Chaque voix a ses raisons, y compris Bruce. Le lecteur comprend tout le monde et ne peut condamner personne — c'est le contraire d'un roman à thèse.

Question 3

Que représente le personnage de Moïse ?

Commence par le prénom : Moïse est l'enfant sauvé des eaux, confié à une mère qui n'est pas la sienne. Appanah reprend le récit biblique et le retourne — ce Moïse-là ne sauvera personne. Ajoute le motif du livre que Marie lui lit : la culture qu'elle lui donne le sépare de Gaza sans le faire entrer ailleurs.

Question 4

Le roman est-il violent ?

Réponds en distinguant. La violence physique est peu montrée ; ce qui est montré, c'est ce qui la produit — l'abandon, la misère, l'absence d'école, le regard des adultes. Le titre le dit : il s'agit d'un climat, pas d'un événement.

Question 5

Un roman peut-il changer le regard sur un problème social ?

Question ouverte : prends position et argumente avec le texte. Tu peux répondre qu'un rapport administratif informe et qu'un roman fait éprouver — et que la polyphonie sert exactement à cela, puisqu'elle oblige à occuper successivement la place de la victime et celle du bourreau.

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