L'Étranger
Albert Camus
De quoi ça parle
Meursault, employé de bureau à Alger, enterre sa mère sans pleurer. Quelques semaines plus tard, sur une plage écrasée de soleil, il tue un homme. Son procès ne portera presque pas sur le meurtre : on lui reprochera son attitude à l'enterrement, et de n'avoir rien éprouvé.
« Pourquoi avez-vous choisi cette œuvre ? »
C'est presque toujours la première question. Une réponse vague (« j'ai bien aimé ») coûte cher, parce qu'elle laisse penser que le livre n'a pas été lu.
Le roman s'ouvre sur trois mots qui ont changé la prose française — « Aujourd'hui, maman est morte. » — et il est écrit au passé composé, temps de la conversation, là où le roman employait le passé simple. La forme est le sujet : une langue sans relief pour un homme qu'on condamne de n'en avoir pas.
Le lien avec ton programme
Rattacher sa lecture cursive à une œuvre étudiée en classe est ce qui distingue le plus nettement un bon entretien d'un entretien moyen : cela prouve que tu as lu les deux.
Rapprochement inattendu et très efficace : dans les deux œuvres, une conséquence énorme naît d'un presque-rien. Meursault est condamné moins pour un meurtre que pour un café au lait bu devant un cercueil ; H2 rompt une amitié de trente ans pour une intonation. Sarraute appelle cela des tropismes ; Camus en fait un procès. Les deux refusent la psychologie qui expliquerait tout.
→ La fiche de Pour un oui ou pour un non
À retenir par cœur
Les questions probables
Prépare-les à voix haute, pas dans ta tête : l'entretien est un oral, et huit minutes sont longues quand on n'a rien préparé.
Question 1
Pourquoi avoir choisi L'Étranger ?
Parle de la langue avant de parler de l'histoire : phrases courtes, passé composé, aucun lien logique entre les faits. Roland Barthes a appelé cela une « écriture blanche ». C'est un livre qu'on choisit pour sa forme autant que pour son sujet, et le dire prouve que tu l'as lu en lecteur.
Question 2
De quoi Meursault est-il vraiment jugé ?
C'est la question centrale. Relis le procès : le procureur parle du café au lait, de la cigarette, du cinéma avec Marie le lendemain de l'enterrement — et fort peu du coup de feu. La société ne juge pas un acte, elle juge une manière d'être. Camus le résume ailleurs : Meursault est condamné parce qu'il ne joue pas le jeu.
Question 3
Qu'est-ce que l'absurde ?
Définis-le avec précision : ce n'est pas le non-sens du monde, c'est le divorce entre un homme qui réclame du sens et un monde qui n'en fournit pas. Camus l'expose la même année dans Le Mythe de Sisyphe, essai jumeau du roman. La révolte de Meursault n'apparaît qu'à la fin, face à l'aumônier.
Question 4
Quel rôle joue le soleil ?
Le repérer partout : à l'enterrement, sur la plage, dans la salle d'audience. Il écrase, aveugle, fait mal. Meursault dira qu'il a tiré « à cause du soleil » — réponse absurde au tribunal, et pourtant la plus honnête du livre. Le corps décide avant la conscience.
Question 5
Peut-on éprouver de la sympathie pour ce personnage ?
Question ouverte : prends position et tiens-la. Tu peux répondre que le roman ne demande pas qu'on l'aime mais qu'on refuse de le condamner pour les mauvaises raisons. Et rappeler qu'un point reste massivement absent du procès : l'homme tué n'a pas de nom, et le roman ne s'en soucie pas plus que le tribunal — un silence que la critique postcoloniale a interrogé.