Moi, Tituba, sorcière noire de Salem
Maryse Condé
De quoi ça parle
Née à la Barbade d'un viol commis sur un navire négrier, Tituba apprend les plantes et les esprits auprès de Man Yaya. Vendue, emmenée en Nouvelle-Angleterre, elle se retrouve accusée de sorcellerie lors du procès de Salem, en 1692 — puis effacée des archives.
« Pourquoi avez-vous choisi cette œuvre ? »
C'est presque toujours la première question. Une réponse vague (« j'ai bien aimé ») coûte cher, parce qu'elle laisse penser que le livre n'a pas été lu.
Maryse Condé part d'une personne réelle dont l'Histoire n'a gardé que quelques lignes, et lui rend une voix à la première personne. Le roman est une réparation : il écrit ce que les archives n'ont pas retenu parce qu'elle était noire, femme et esclave.
Le lien avec ton programme
Rattacher sa lecture cursive à une œuvre étudiée en classe est ce qui distingue le plus nettement un bon entretien d'un entretien moyen : cela prouve que tu as lu les deux.
Le roman prolonge exactement le parcours « tisser les mémoires, habiter le monde ». Man Yaya transmet à Tituba ce que Reine Sans Nom transmet à Télumée : un savoir des plantes, des morts et de la résistance. Deux autrices antillaises, deux lignées de femmes contre l'effacement.
→ La fiche de Pluie et vent sur Télumée Miracle
À retenir par cœur
Les questions probables
Prépare-les à voix haute, pas dans ta tête : l'entretien est un oral, et huit minutes sont longues quand on n'a rien préparé.
Question 1
Pourquoi avoir choisi ce roman ?
Le point de départ est un fait : Tituba a existé, elle est citée dans les minutes du procès de Salem, et l'Histoire s'arrête là. Condé écrit ce qui manque. Dis-le ainsi — un roman peut occuper la place laissée vide par les archives.
Question 2
Pourquoi la première personne ?
Parce que le sujet du livre est justement une parole confisquée. Le titre commence par « Moi, Tituba » : le pronom tonique est une revendication avant d'être une grammaire. Un récit à la troisième personne aurait reconduit le regard extérieur que le roman combat.
Question 3
Comment expliquer les anachronismes ?
Ne les excuse pas, explique-les. En faisant se rencontrer Tituba et Hester Prynne, Condé fait dialoguer son personnage avec la littérature américaine qui l'a ignorée. L'anachronisme est un moyen de commentaire, comme l'ironie.
Question 4
Le roman est-il féministe ?
Oui, mais montre en quoi précisément : ce sont les femmes qui savent (les plantes, les naissances, les morts), et c'est ce savoir qu'on appelle sorcellerie pour pouvoir le punir. Condé fait du procès de Salem une affaire de pouvoir, pas de croyance.
Question 5
Quelle est la place de l'humour dans ce livre ?
Question moins attendue, et une bonne réponse fait la différence : le récit est souvent ironique, parfois franchement drôle, malgré l'horreur. Cette distance empêche le pathos et rend Tituba vivante plutôt que sainte.