Le Menteur
Pierre Corneille — parcours « Mensonge et comédie »
Une comédie (1644) : Dorante, jeune homme brillant et menteur invétéré, invente sans cesse pour séduire — et finit prisonnier de ses propres mensonges.
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Repères
Corneille, célèbre pour ses tragédies (Le Cid), signe ici une comédie enlevée où l'invention verbale devient le moteur de l'intrigue.
Le déroulé
- 1Acte I — l'arrivée et le premier mensonge
Dorante quitte le droit pour Paris, décidé à plaire. Aux Tuileries, il rencontre Clarice et Lucrèce ; pour se grandir, il s'invente un passé de guerre en Allemagne. Le mensonge n'a aucun mobile intéressé : il est un art d'agrément.
- 2L'erreur de nom, moteur de tout
Dorante croit que celle qui lui plaît s'appelle Lucrèce alors qu'il courtise Clarice. Cette méprise, il ne l'a pas inventée : elle lui arrive. Le menteur est aussi la victime d'un quiproquo qu'il ne contrôle pas.
- 3Acte II — le mariage inventé
Géronte, son père, veut le marier à Clarice. Pour s'en défaire, Dorante invente un mariage secret conclu à Poitiers, avec une grossesse à l'appui. Le mensonge devient une machine qui exige d'autres mensonges.
- 4Acte III — le festin sur l'eau
Le morceau de bravoure : Dorante décrit une fête somptueuse donnée sur la Seine, qui n'a jamais eu lieu. La virtuosité est réelle — Corneille fait admirer ce qu'il condamne.
- 5Acte IV — le duel et la fausse mort
Les mensonges se heurtent : un mort qui n'est pas mort, un père déshonoré, un ami trahi. La comédie s'assombrit, et Dorante perd la maîtrise de son propre récit.
- 6Acte V — le dénouement, sans repentir
La confusion des noms se dénoue, Dorante épouse Lucrèce, celle qu'il aimait par erreur. Il ne se corrige pas : il tombe simplement du bon côté. C'est ce qui rend la fin bien plus troublante qu'une morale.
Axes de lecture
Le mensonge comme art
Dorante ment avec virtuosité : ses fictions s'enchaînent et provoquent quiproquos et rebondissements.
Théâtre et illusion
Le menteur ressemble au dramaturge : il fabrique des histoires. La pièce interroge le pouvoir de la fiction.
Une morale ambiguë
Le mensonge est puni… mais on admire l'inventivité du menteur : la comédie ne tranche pas si nettement.
Les thèmes
Un thème qui n'est qu'un mot ne sert à rien. Chacun est posé comme une tension, et suivi de ce qu'il permet de soutenir.
Le mensonge comme création
Dorante ne trompe pas pour gagner : il invente parce qu'il aime inventer. À utiliser pour le parcours « Mensonge et comédie » — le menteur est un double du dramaturge.
La parole qui fait exister
Un festin décrit est un festin vu. À utiliser pour montrer que le théâtre repose sur le même pouvoir que le mensonge : faire croire par la seule parole.
Le quiproquo, machine comique
Un nom mal attribué produit cinq actes. À utiliser pour analyser la construction : Corneille superpose un mensonge volontaire et une erreur involontaire.
Paris, théâtre du paraître
La ville récompense qui se montre. À utiliser pour une lecture sociale : Dorante ne ment pas contre son monde, il en applique la règle.
Une morale absente
Le menteur gagne. À utiliser pour une troisième partie : la comédie classique doit « corriger les mœurs en riant » — celle-ci s'en dispense, et il faut expliquer pourquoi.
Les contresens qui coûtent le plus
Chacun de ces cinq points se repère à la première page d'une copie. Les éviter vaut mieux que dix références de plus.
Croire que Dorante est puni. Il épouse celle qu'il aimait, et ne se corrige pas : il tombe du bon côté. C'est ce qui rend la fin troublante.
Chercher une morale. La comédie classique doit « corriger les mœurs en riant » — celle-ci s'en dispense, et il faut expliquer pourquoi plutôt que le déplorer.
Confondre le mensonge et le quiproquo. Dorante invente volontairement ; l'erreur sur le nom de Lucrèce, elle, lui arrive. Le menteur est aussi victime.
Faire de Dorante un intrigant intéressé. Il ne ment pour gagner ni argent ni pouvoir : il invente parce qu'il aime inventer — d'où sa parenté avec le dramaturge.
Oublier que la pièce est adaptée d'une comédie espagnole de Juan Ruiz de Alarcón : Corneille le dit lui-même.
Le lien avec le parcours
« Mensonge et comédie » : le mensonge fait rire et interroge la vérité au théâtre.
À retenir
« Le talent de mentir ainsi est un vice dont les sots ne sont point capables. »
— Corneille, Discours du poème dramatiqueExplications linéaires (oral)
Les questions d'entretien 5 questions
La seconde partie de l'oral dure 8 minutes et porte sur l'œuvre que tu as choisie — pas sur le texte que tu viens d'expliquer. Voici ce qu'un examinateur peut demander sur Le Menteur.
Pourquoi avoir choisi Le Menteur ?
Le mensonge est-il puni dans la pièce ?
En quoi le menteur ressemble-t-il à un dramaturge ?
Quel est le rôle de Cliton ?
Qu'est-ce qui fait rire dans cette pièce ?
Le dossier complet rédigé par le professeur
L'auteur et la pièce
Le XVIIe siècle est celui du théâtre en France, tiraillé entre baroque et classicisme. Corneille, surtout connu pour Le Cid, signe avec Le Menteur (1644) une comédie plus confidentielle mais brillante. Dorante, jeune homme rusé de retour à Paris, tente de séduire Clarice à force de mensonges — d'où une cascade de quiproquos.
Le mensonge, moteur d'ascension sociale
« On s'introduit bien mieux à titre de vaillant. » Dorante ment d'abord pour s'introduire dans la société : les verbes (« s'introduire », « passer pour », « se mettre en crédit »), au présent de vérité générale, font du mensonge un outil valable en tout temps. Aux yeux de Dorante, la société entière est un théâtre où chacun « passe pour » ce qu'il n'est pas : c'est le motif baroque du Theatrum Mundi, et une mise en abyme du théâtre.
Trois axes de lecture
I. Le mensonge pour faire rire. La crédulité des personnages (Dorante invente un fastueux banquet de douze plats sur un bateau) fait rire le spectateur grâce à la double énonciation ; les quiproquos s'enchaînent (il confond Clarice et Lucrèce) ; les réactions excessives relèvent du comique de caractère.
II. Le mensonge dévoile les rapports entre les personnages. Il nourrit et fait progresser l'action, explore les relations et dénonce la comédie sociale (mariages arrangés, faux-semblants).
III. Le mensonge au service de la création théâtrale. Dorante est un double du dramaturge : le mensonge devient moteur de fiction et permet de « rêver un nouveau monde ». Son pouvoir de séduction est celui du théâtre lui-même, qui repose sur un pacte fictif accepté par le public.
Citations utiles
- « On s'introduit bien mieux à titre de vaillant. »
- « On apprend à se faire un visage à la mode. » (Acte I, scène 1)