Sensation
Cahier de Douai — parcours « Émancipations créatrices »
Picoté par les blés, fouler l'herbe menue :
Rêveur, j'en sentirai la fraîcheur à mes pieds.
Je laisserai le vent baigner ma tête nue.
Je ne parlerai pas, je ne penserai rien :
Mais l'amour infini me montera dans l'âme,
Et j'irai loin, bien loin, comme un bohémien,
Par la Nature, — heureux comme avec une femme.
Introduction
Court poème de 1870, « Sensation » rêve d'une échappée dans la nature, loin des contraintes. Problématique : comment Rimbaud fait-il de la marche dans la nature une expérience de liberté et de communion sensorielle ?
Les mouvements du texte
L'échappée sensorielle
vers 1 à 4Le futur « j'irai » lance un projet, un élan vers le dehors. Le poème est tout entier sensation : « picoté par les blés », « fouler l'herbe », « la fraîcheur à mes pieds », « le vent baigner ma tête nue ». Le corps s'offre à la nature (« tête nue ») et le « Rêveur » se fond dans le paysage. La ponctuation ample et les enjambements imitent le pas du promeneur.
Le silence et l'amour infini
vers 5 à 8Les négations « je ne parlerai pas, je ne penserai rien » disent l'abandon de l'intellect au profit du pur ressenti. De ce silence naît une élévation : « l'amour infini me montera dans l'âme ». La comparaison « comme un bohémien » célèbre la liberté du vagabond, et la dernière — « heureux comme avec une femme » — fait de la Nature une présence aimée. L'errance « loin, bien loin » scelle l'émancipation.
Conclusion
En huit vers, Rimbaud fait de la marche une véritable émancipation : quitter la pensée pour la sensation, la ville pour la nature, et y trouver un bonheur libre et sensuel.