Roman
Cahier de Douai — parcours « Émancipations créatrices »
Introduction
« Roman » (1870) raconte, non sans ironie, l'émoi amoureux d'un adolescent un soir d'été. Le titre annonce une petite fiction sentimentale. Problématique : comment Rimbaud fait-il de ce « roman » d'un soir une peinture à la fois tendre et ironique du premier amour à dix-sept ans ?
Les mouvements du texte
L'insouciance de la jeunesse
partie ILe vers-refrain « On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans » donne le ton : légèreté et liberté. Le décor du café, la promenade et les tilleuls parfumés (« Les tilleuls sentent bon dans les bons soirs de juin ») installent une atmosphère d'évasion, où l'adolescent fuit le sérieux du monde.
L'ivresse des sens
partie IILa nuit d'été, le ciel et la nature enivrent le jeune homme. Le désir naît, diffus, comparé à « un baiser » qui « palpite là, comme une petite bête ». La nature agit comme un stimulant sensoriel : c'est le corps, autant que le cœur, qui s'éveille.
La rencontre
partie IIIApparaît « la demoiselle aux petits airs charmants ». Le trouble, la timidité et l'emballement du cœur transforment une scène banale en événement. Rimbaud saisit l'instant fragile où le sentiment amoureux se déclare.
Le retour ironique
partie IVL'amour tourne à la comédie : « Vos sonnets La font rire ». Puis la reprise circulaire du refrain — « On n'est pas sérieux, quand on a dix-sept ans / Et qu'on a des tilleuls verts sur la promenade » — referme le poème avec une autodérision tendre : le poète se moque gentiment de son propre émoi.
Conclusion
Par sa structure circulaire et son autodérision, « Roman » saisit l'émoi adolescent dans ce qu'il a de vif et de risible à la fois. Rimbaud célèbre la liberté de la jeunesse tout en souriant de ses illusions.